Toujours un plaisir de redécouvrir cette œuvre. Très bon premier tome nous présentant le charismatique protagoniste Keri, les batailles de siège et l'âpreté des combats. L'essentiel est déjà là et donne le ton de l'ensemble de la série.
Je retrouve en ces quelques centaines de pages tout ce qui m'a charmé dans cette histoire et qui va encore se bonifier jusqu'à la conclusion. La focalisation sur la défense d'une cité apporte un point de vue rafraichissant sur les mangas de guerre classiques, avec moult techniques propres à ce genre d'objectifs militaires. Si le défenseur possède un énorme avantage ainsi protégé par l’enceinte de sa place forte, l’assaillant est bien plus nombreux, aguerri, et pas en manque de techniques éprouvées pour créer une brèche.
Au-delà de la stratégie et des affrontements, l'enjeu est avant tout psychologique pour Keri, devant faire adhérer la population assiégée à son commandement, induisant l’obéissance totale. Du simple paysan n’ayant jamais porté une arme, jusqu’aux nobles réticents à abandonner leurs privilèges, tous devront s’unir et être prêts à se sacrifier afin d’obtenir la victoire. Tâche ardue, mais Keri est un homme plein de ressources, qui n’aura de cesse de démontrer sa compétence et son inébranlable volonté pour tenter de réduire, ne serait-ce qu’un peu, les ravages de la guerre.
Un véritable homme de Mo, clan condamnant la prédation de l’homme sur l’homme, entièrement dévoué à la défense des peuples agressés dans la période des royaumes combattants. Kubota reste ancré dans le réel, en témoigne la brutalité simple, presque pure des sanglants combats, illustrant la triste brutalité de la guerre. Les corps sont brisés par la violence tandis que les esprits sont mis à rude épreuve face au risque de l’anéantissement. Cela se ressent même dans les dialogues, tenant pour la plupart du franc parler très direct du quotidien entre gens de peu. Les quelques incartades du fantastique s’immisceront un peu plus tard dans le récit, sans aller toutefois jusqu’à le dénaturer ou en altérer la qualité. On reste dans cette introduction sur du très terre à terre, sauf quelques exagérations graphiques limitées, comme un ennemi criblé de trente flèches.
Du côté de l’édition, le format un peu plus grand que la normale fait honneur au trait de Mori, et l’apparition savamment mesurée des doubles pages est fort bienvenue. Seul petit bémol qui a plus trait au pinaillage, je n’aime pas particulièrement la texture de la jaquette que j’aurais du mal à décrire précisément. Particulièrement pour le dos sombre pouvant facilement être marqué.
Laissez vous tenter, et vivement la suite.