Le fond de cette histoire d'affrontement entre familles ninjas paraissait séduisante, mais on ne peut qu'être insatisfait de la forme qu'elle adopte. On dirait que Futaro Yamada a souhaité développer un ton général relativement mâture et seinen dans un canevas qui rappelle plutôt des shonens ou nekketsus. Du coup apparaît un décalage entre la mythologie des ninjas et leur façon de s'affronter ici dans ce qui se rapproche des éculés et vulgaires tournois si souvent mis en scène.
Le classicisme de cette opposition fait perdre la majeure partie de l'attrait de ces groupes guerriers, puisqu'il ne reste plus grand chose des caractères qu'on leur attribue habituellement. L'utilisation de toutes les tactiques habituelles assez simples comme les pièges, déguisements, ruses sont relativement absentes, et quand elles sont présentes, c'est par le biais des pouvoirs. En effet, l'oeuvre étant teintée de fantastique, chacun des vingt ennemis possède un talent particulier, certains restant relativement limités, comme un physique particulier ou la maîtrise d'une arme, tandis que d'autres sont totalement pétés, comme des illusions, du contrôle psychique, etc...
Découlent de ces choix de grands défauts, comme la fâcheuse impression de constant rééquilibrage, car si les forces en présence diminuent régulièrement et parfois inégalement à la suite de certains événements, il est obligatoire de corriger le déséquilibre qui ne saurait subsister trop longtemps par une riposte immédiate, seule une petite disparité pouvant subsister grâce à l'existence de certaines capacités cheatées. Se poursuit ainsi ce parallélisme d'attaques vers le dénouement attendu, puisque certains liens existant entre les deux familles ennemies ne laissent aucun doute sur l'issue de l'histoire et l'identité des derniers combattants.
Privé en bonne partie du suspense, notre attention aura tendance à se focaliser sur les combats ou diverses manoeuvres des deux antagonistes, mais là encore nos attentes ne seront pas vraiment comblées. Aucun mystère ne plane bien longtemps sur les capacités et l'identité des combattants, puisqu'ils sont tous rapidement dévoilés, et que nul élément extérieur aux guerriers ne décidera du sort des rencontres, quand ce n'est pas un hasard bidesque qui vient s'immiscer et tout foutre en l'air.
Les dessins sont corrects mais connaissent quelques petits défauts, comme cette insupportable aura blanche autour des personnages pour les distinguer des décors souvent très sombres, l'arrière-plan parfois constitués d'une brume floue assez disgracieuses, le peu de détails sur les personnages. La mise en scène est loin d'être folichonne, avec des cadrages assez peu imaginatifs et des bastons pas fantastiques en terme de dynamisme et d'action.
En somme, j'aurais bien aimé voir cette idée de guerre ninja être réalisée dans une ambiance du genre Lady Snowblood plus réaliste et inventive, car les mauvais choix sont trop nombreux pour que la déception ne survienne pas.