Enemy ne m'a laissé aucun répit sur le terrain de l'oppression. J'ai trouvé ce film très bien rythmé et pas aussi lent que la majeure partie des gens veulent le faire croire. Il faut dire qu'à côté je suis un fan de Refn, ça doit jouer un peu. Hormis ça je me suis totalement laissé prendre au jeu de Villeneuve. Hélas avec internet il est difficile de résister à la lecture d'interprétations malgré la bonne volonté de se laisser emporter par des influences Lynchiennes, ce avec la même curiosité que stimule le film tout du long. J'ai aimé me dire pendant le visionnage "ok ce sont deux personnes différentes qui sont totalement identiques, je ne sais pas et je m'en fout, j'accepte cet état de fait car le traitement et l'ambiance du film le permet totalement tant c'est réussit".
Mais voilà qu'une fois ces interprétations prises en compte il est assez difficile de nier que Villeneuve a vraisemblablement fait ce film pour raconter une seule chose, d'une seule manière. En l'occurrence le fait, donc, que les deux personnages sont la même personne et que le film traite le subconscient d'un mari infidèle qui se noie dans la fatalité de ses vices, ici montrés deux fois - tout le film une première pour puis les dernières lignes de dialogue de jack qui relance le début. La première en tant que tragédie, la seconde en tant que farce. La fatalité.
Bon... ça tient tout à fait la route, et pour ma part c'est la vidéo du Fossoyeur de films qui m'a convaincu. Ok, pourquoi pas. Mais ça ne rend pas le film meilleur pour autant. J'aurai peut-être même préféré en rester où j'en étais avant.
Concernant l'aspect technique, dans un premier temps la photographie jaunâtre m'a d'abord laissé perplexe puis a réussie à s'installer au fur et à mesure sans gêner, car il faut avouer que c'est assez particulier dans ce film. À côté on a quand même des cadres soigneusement millimétrés, une mise en scène très géométrique. Ça m'a aidé à accepter cette dominante un peu dégueulasse quand même. Je comprends pas trop pourquoi ce jaune en fait, j'aurai plutôt vu une teinte bleuté d'ailleurs, je sais pas pourquoi.
Quant à Jake Gyllenhaal, il livre là une très bonne interprétation, ça a vraiment été une bonne surprise après coup. On y croit totalement, ici nul besoin de subterfuges à deux balles tout est dans le comportement, la posture, le ton, inutile de lister en fait, il arrive simplement à faire ce qu'il doit faire, un personnage différent, totalement crédible avec une tronche parfaitement identique. Exprimer tout son talent, tout comme son directeur.
Sur SC, je lui ai mit 8. Je préfère détacher la note de mon avis ici car je ne veux pas vraiment noter les films. Sur SC encore moins quand il n'y a pas de décimales, mais bon.