Bon du coup je me suis lancé dans une petite critique :
Spring Breakers est probablement mon film préféré. J'ai beau le voir et le revoir, il me procure toujours autant d'émotion et, mieux encore, j'y décèle à chaque fois de nouvelles qualités, le rendant de plus en plus génial à mes yeux. C'est une oeuvre qu'il n'est pas simple de défendre tant elle divise, de part son parti pris pour le moins radical. Beaucoup n'y voient qu'un Projet X d'esthète, mais cantonner le film de Korine à un simple clip MTV amélioré, c'est ne pas comprendre les intentions du cinéaste.
Spring Breakers est probablement le film qui dépeint le mieux, avec Miami Vice, cette Amérique à la dérive, cet éclatement de la frontière entre le rêve et la réalité, cette fascination morbide pour un système aliénant et superficiel. Korine est comme un funambule, en constant déséquilibre entre son fantasme du rêve américain et la conscience du caractère illusoire des valeurs auxquelles il croit. Son spring break est aussi beau qu'il écœure, comme le désenchantement d'un monde que l'on croyait idyllique mais qui ne l'est qu'en vitrine.
Il filme cette jeunesse dont la quête d'évasion et la perte de repères mènent à l’enfermement dans l'artificialité et le divertissement et que seule la spiritualité peut parvenir à sauver. Lorsque le personnage de Selena Gomez, incarnation même de l'élévation, prend enfin conscience des choses, que le rose fluo devient jaune âpre, sa seule solution est la fuite, elle se résigne à se battre, elle n'a pas les épaules nécessaires pour tirer ses amies de leur aliénation. Car les trois autres s'enlisent dans un onirisme de plus en plus cauchemardesque, à la recherche de limites qui n'existent plus. Et lorsque l'heure du retour a sonné, après un coup de téléphone à leur famille comme pour se rattacher à leur seul repère, elles ne trouvent que la violence comme moyen de rédemption et éclatent littéralement les derniers relents d'un rêve dorénavant révolu.
Des couleurs éclatantes, un montage éclaté... Jamais la frontière entre rêve et réalité n'aura été aussi mince. La photo ultra-saturée de Benoît Debie et la musique envoûtante de Cliff Martinez s'entremêlent sans arrêt. L'image et le son ne font plus qu'un, et c'est l'art même du cinéma qui est constamment interrogé. Spring Breakers nous entraîne dans un trip hallucinatoire, aussi repoussant que terriblement attirant, un cauchemar dont on ne sort qu'au bout d'une heure et demi, éprouvé, déboussolé, mais ivre de cinéma. Un chef d'oeuvre.