Mais par où commencer avec Spring Breakers? J’y suis allé car la bande-annonce me donnait pas mal envie, que bon nombre de journaux « intelligents » semblaient dire que ce film était une petite pépite, et que oui, aussi, on va se l’avouer, parce qu’il était prévu qu'il y ait du boobs.
Mais Dieu que c’est bien. On essaye de nous vendre ça comme un vulgaire film bidesque de fiesta genre Projet X ou American Pie, mais il n’est en vraiment rien de tout cela. Spring Breakers, c’est vrai que ça part pourtant un peu comme ça, des jeunes filles rebelles qui décident d’aller se mettre mal pendant une semaine, et qui se débrouillent comme elles peuvent pour amasser une quantité d’argent susceptible de répondre à leurs besoins de vacances.
Jusqu’ici je me posais donc un peu la question de l’utilité de ce film, et de sa valeur potentielle également. Mais force est de constater que plus on avance, et plus ce film est grand. Spring Breakers a une vision du rêve américain en tant que tel très pertinente, en nous montrant tous ces jeunes qui croient que la vie correspond à gagner le plus d’oseille possible et selon n’importe quels moyens. Bref, Korine pointe du nez cette triste génération complètement hypnotisée par l’argent et la luxure et nous en dresse un portrait au début qui fait envie mais qui finalement n’est pas sans déboires.
Comme en vrai en fait, ces jeunes là croient réaliser leur rêve mais une fois les limites franchies, ils ont droit à un triste retour à la réalité, à la vraie vie. Les quatre bombasses ont d’ailleurs beau faire les plateaux-télé du monde entier et chanter Britney Spears pour nous vendre le truc comme une comédie de beaufs, il n’en est rien, Spring Breakers est beaucoup plus malin que ça. Et ça me fait enrager qu’on nous le vende comme ça pour attirer un public qui ne comprendra même pas le tiers de ce drame poétique.
A part ça, Korine parvient à nous mettre dans une ambiance de folie. Véritable expérience visuelle et auditive, Spring Breakers est un film aux couleurs édulcorés, à la photographie parfois floue et fluo et tantôt sombre et crépusculaire. Le tout couplé à une bande-son de génie (bien que pas très originale, mais très efficace) et une caméra qui virevolte avec des plans au ralenti, et on se croit à mi-chemin entre un rêve et cet état de plénitude proche du bonheur que l’on atteint après avoir consommé quelques substances plus ou moins illégales.
Alors si ce film est donc jouissif dans la forme, vous aurez bien compris qu’il l’est aussi dans le fond. Je pense avoir trouvé la bonne expression pour qualifier ce film : il s’agit en fait d’un drame poétique. Tout d’abord un drame car, soyons clair, il ne s’y passe pas que des choses très sympathiques à vivre. Mais aussi une poésie, car ce film est une véritable ode à la liberté, à l’amitié, et à la joie. Tout ce que recherchent nos 4 protagonistes, ce n’est avant tout que le bonheur. Et il y a vraiment quelque chose de beau dans ce film (au-delà d’elles-mêmes, évidemment), principalement dans la deuxième moitié de l’histoire, plus ou moins portée par le génial James Franco. Des plans magnifiques, un solide sentiment de revanche sur la vie (ce qui les amène à fuir leur quotidien correspond tout simplement à la prise de conscience de la triste société que nous façonnons) et des acteurs charismatiques et au top de leur forme.
Vraiment, une excellent surprise, qui m’aura fait penser à un savant mélange de Drive, Enter the Void et Scarface et qui je l’espère sera au mieux apprécié par les spectateurs. Un grand film qui sort de l’ordinaire et donne une bouffée d’oxygène énorme grâce à l’expérience cinématographique qu’il procure. A ne pas rater.