Allez, en attendant l'annonce du palmarès, je me lance dans ma critique de ce film charnière de la carrière de Melville qui a fait nombre d’émules à commencer par Quentin Tarantino qui le cite fréquemment parmi ses films préférés.
A ce titre, le Doulos est incontestablement un film noir des plus réussis aussi bien dans le fond que la forme sur l’univers des truands
. Tous les ingrédients du genre sont en effet présents : flingues à gogo, bourbon whisky et autres alcools, tabac non stop, jolie poupée d’agrément et bien entendu le « grisbi » (et n’y touche pas salope !
) sous une musique bien prenante.
Le premier point qui m’a frappé est avant tout la mise en scène, avec un fantastique travail sur les ombres et un jeu avec le noir et le blanc qui est formidablement orchestré (la scène d’ouverture quand Reggiani marche le long de la voie ou tout au long du film, quand les personnages se dissimulent dans l’ombre). On ne se lasse pas des effets de clair/obscur introduits par le cinéaste qui maitrise donc son sujet par une grande mise en scène mais également avec un scénario des plus passionnants.
Et quel scénario avec ses nombreux rebondissements, ses intrigues et un final de toute beauté
. Melville nous livre une splendide description du monde des truands et des gangsters à la française dont aucun ne sort indemne qu’on soit d’un côté ou d’un autre. Dès l’ouverture du film se produit une tragédie sur la confiance visiblement abusivement donnée à son prochain et voila le grand thème du film : la confiance ! A qui la donner ? A qui la confier ? De qui se méfier ? Qui peut la mériter ? La noirceur du film enveloppe toute tentative de réponses de la part des protagonistes qui ne peuvent échapper à la déchéance.
Si Serge Reggiani livre une très bonne prestation, j’ai particulièrement apprécié celle de Belmondo tout en simplicité restant sobre et excellant dans son rôle ambiguë et inquiétant de « Doulos », c'est-à-dire d’indic pour la flicaille. Mais n’oublions pas les seconds rôles avec le génial Michel Piccoli qui nous livre, lors de sa courte apparition, un regard des plus envoutants.
Enfin j’ajouterai que j’ai véritablement été pris dans ce film, avec des montées d’adrénaline, je pense notamment à l’imparable final mais également juste avant, lors de la course contre la montre de Reggiani au volant sous une pluie diluvienne tentant d’empêcher l’inévitable. J’en avais presque les larmes aux yeux
Entre ombre et lumière, clair et obscur, Le Doulos est un grand film noir somptueusement orchestré et interprété.
4.5/5