Un conte de Noël est un film atypique, je ne sais pas si c'est dans la même veine que les autres réalisations de Desplechin, mais c'est vraiment peu commun... Je m'attendais à voir une famille se déchirer pendant le réveillon et c'est ce que j'ai eu, mais paradoxalement j'ai été très surpris.
Cela vient peut-être du fait que cela n'essaye pas d'être mignon. Le réalisateur a manifestement voulu faire de certains membres de la famille Vuillard de véritables ordures, et il n'y est pas allé de main morte. Cela m'a un peu rappelé la manière qu'à Lars von Trier de créer des personnages à la fois humains et détestables, enfermés dans la haine, le mépris ou la dépression. Je prends pour exemple la scène où Deneuve (la mère) et Amalric (le fils) discutent calmement du fait qu'ils n'ont jamais eu la moindre forme d'affection l'un pour l'autre. Je trouve que cette séquence témoigne d'une violence incroyable.
Tous les personnages ne sont pas comme ça, certains ne se mêlent pas de la guerre intestine qui ronge les Vuillard et se montrent plus conciliants. La mise en scène expose cette idée lorsque la caméra cesse de suivre un membre de la famille et se focalise sur un autre : ceux qui sont empêtrés dans leurs problèmes évoluent dans des scènes à la photographie très froide tandis que les autres bénéficient d'un éclairage beaucoup plus chaleureux. La bande-son, quant à elle, brasse des genres assez larges (des sonorités classiques aux ballades celtes) et propose des ruptures lors des cuts, ce qui met en exergue le changement d'ambiance.
Desplechin a réuni un casting prestigieux qui se débrouille très bien avec un texte plutôt littéraire. Les différentes relations sont nuancées grâce à la voix off multiple (plusieurs personnage assurent tour à tour ce rôle) mais aussi aux moments où les personnages parlent directement à la caméra, un exercice complexe qui n'est pas à la portée de tout le monde (oui La Bûche, c'est de toi que je parle).
La dernière demi-heure est un cran en dessous puisqu'elle est moins "radicale" que le reste. Pourtant, la fin à la fois douce et amère conclut parfaitement ce film de Noël d'auteur, qui ose s'éloigner des poncifs du genre pour proposer quelque chose de plus percutant.
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