Bon, maintenant c'est l'heure de la critique (un peu plus) constructive. On pourrait effectivement prendre Two Lovers pour un Macth Point, dans une optique 100% différente c'est vrai, mais ce basant sur le même schéma classique : une femme aime un homme qui aime une autre femme. Le dilemme que cette situation implique place le personnage masculin et ses tourments au centre de l'attention. En fait,ce n'est pas exactement le cas. Mon sentiment à la fin du film a découlé de la "multiplication" d'un malentendu et d'une erreur. Je m'explique.
Woody Allen a un regard aiguisé sur les différentes couches sociales et les caractérise avec brio, avec leurs rites (les riches jouent au tennis et vont à l'opéra, un point commun avec le film de Gray) leur milieu… Le regard d'Allen peut être très cruel et c'est là la principale différence avec Gray. Ce dernier s'exprime ainsi (dans les bonus de La Nuit Nous Appartient) "si le cinéaste lui-même n'a pas d'affection pour ses personnages, comment le spectateur, lui, en aurait?" (c'est une traduction approximative de mémoire). Contrairement à celui de Woody, le regard de Gray est principalement fait d'amour (pour l'être humain, ou alors pour ses créations, ses personnages, je ne sais pas), et dénué de cynisme. En ne se rendant pas compte de cela, on peut prendre le personnage de Gwyneth Paltrow pour la cruche de l'histoire, naïve, faible, incapable de prendre soin d'elle même seule. En réalité le coté misérable de sa situation doit susciter la compassion et non pas la défiance ou le mépris (comme c'est le cas dans Match Point avec l'épouse de John Rhys-Meyer, magistralement détestable). Ainsi le dilemme n'est pas de choisir entre une situation stable et l'amour fou, mais bien de choisir entre deux êtres humains à part entière, tous les deux touchants et aimables (dans le sens "qui peuvent être aimés").
Mais ça nous amène au deuxième point, celui de l'erreur du film, qui je pense est irrémédiable. Il s'agit du personnage de Michelle et du casting de Gwyneth Paltrow. Ou l'un n'est pas assez bien écrit, ou l'autre est mauvaise, ou bien les deux. Le spectateur tombe immédiatement amoureux du personnage de Sandra, à l'honnêteté désarmante et bénéficiant de répliques d'une rare beauté, d'une authenticité lumineuse. Michelle à coté paraît superficielle, dénuée de profondeur. Son incapacité à se débrouiller ne peut à partir de là qu'inspirer le cynisme, au détriment de la vision du cinéaste. De fait, le dilemme, qui devrait être édifiant, apparaît comme limpide, et le choix de Joaquin Phoenix absurde du début à la fin. On souffle quand il se retrouve finalement dans les bras de Sandra, et on ne peut s'empêcher d'en vouloir à son regard pourtant effondré. Gray a été maladroit : son dilemme humain ne prend pas forme. Par la faute de sa plume, ou par celle du casting, je ne sais pas. Et une erreur de cette taille, au sein même du schéma qui régit toute l'élaboration de l'histoire, ne pardonne pas.
Je pense que j'aurais plus à dire tout à l'heure, mais je vais laisser reposer ma réflexion un petit moment. (en espérant qu'elle ne m'échappe pas, comme ça m'arrive souvent!)