Jolie déception. Ca commence très bien, comme la carrière de Meirelles avait d'ailleurs bien commencé, mais Blindness fout tout en l'air au fur et à mesure qu'il avance. Le début très réussi dans sa manière de brillamment installer une atmosphère intrigante et paranoïaque laisse place par la suite à une oeuvre maladroite, un film pétri de bonnes intentions qui en fin de compte n'a pas grand-chose à dire. C'est un comble au vu de ses ambitions ( ni plus ni moins que dresser un portrait de l'Humanité, voire redéfinir le monde ), et rapidement le spectateur comprend que les auteurs du film sont trop petits pour un tel sujet. Il aurait fallu un Shyamalan ou un Iñarritu aux commandes, quelqu'un qui mette autant de sincérité que de savoir-faire dans un tel film. Si l'on dévie un peu, on se dit qu'on aurait aussi bien voulu un Lars Von Trier derrière tout ça, surtout que le film centre son récit sur un personnage féminin censé être fort et courageux. Mais jamais Julianne Moore ne dépasse son statut archétypal de Jésus moderne, et l'émotion en général semble trop absente du film tant les personnages sont réduits psychologiquement au plus simple.
Le film promettait beaucoup, avait de l'ambition donc. Mais rien ne se passe, et Blindness se contente de sa bonne idée de départ sans développer d'autres idées, sans développer un discours très intelligent sur l'être humain, sans jamais stimuler le spectateur. Tout paraît à la limite du ridicule, trop appuyé, et le film sombre souvent dans la maladresse et la bêtise quand il développe des propos misogynes ou qu'il établit un discours religieux aux allures de propagande sectaire. Mais le film ne recule devant rien, pas même devant la comparaison avec les camps de concentration...Blindness, oeuvre assez irresponsable donc, trop fragile et immature pour assumer le poids de son sujet et des thèmes abordés ( enfin, effleurés ici ). On retiendra une fin intéressante malgré la niaiserie qui l'enrobe, intéressante parce qu'elle parle enfin au spectateur en lui proposant un propos, enfin. Jolie conclusion qui nous interroge sur notre rapport au monde, et notre manière de le voir. Ou pas.
2/5