C'est un régal, j'en ai pleins sur Chaplin !
"Charlot est né au front. Jamais je n'oublierai la première fois que j'ai entendu parler de lui. C'était au bois de la Vache, par une soirée d'automne. nous pataugions dans la boue, en sentinelles perdues, dans un entonnoir de mines. Garnier était le premier permissionnaire de notre demi-section. Toute la nuit, il nous parla de Charlot, Charlot, Charlot. Et il nous fit bien rien avec ses histoires. Charlot, Charlot, Chalot. Les Allemands ont perdu la guerre parce qu'il n'ont pas connu Charlot à temps.
Blaise Cendrars.
A propos des Lumières de la ville :
"Je viens de sortir du cinéma où j'ai vu Les Lumières de la ville, profondément convaincu de la grandeur de Chaplin. Je l'ai injurié pendant des années, mais maintenant, après ces deux dernières minutes du film, je crois en lui.
Il nous donnera quelque chose de très fort dans les années à venir. Ce film marque un tournant. Il a presque une qualité shakespearienne.
J'ai regardé autour de moi en sortant pour voir si quelqu'un d'autre avait les yeux humides. La fin avait été accueillie dans un profond silence - impressionnant. Mais je n'ai vu personne pleurer. Moi-même, pourquoi pleurais-je ? Oui, je pleurais amèrement. Le moment où il se retourne et lui fait face dans la vitrine - à ce moment précis, j'ai laissé échapper un sanglot. Je n'ai pu le retenir. C'était bien préparé. Il y avait dan tous ses mouvements, alors qu'il errait mélancoliquement dans les rues, une tristesse splendide.
J'en viens donc à Chaplin - à sa grandeur. Comme je tremblais pour lui quand la scène finale approchait. Cette humiliation, très cruelle, devant les vendeurs de journaux présageait le meilleur. (Je me demandai au passage ce qu'il devait à Jannings - la scène de l'ange bleu.) Mais il est parti sur quelque chose de plus profond. Son jeu, à ce point, était parfait. Quand il dit : "Vous me voyez maintenant ?" et qu'elle répond : "Oui, je vois..." C'était magnifique. On trouve cela depuis des temps immémoriaux dans les fables, les légendes et les contes de féés, mais c'était redevenu nouveau. Quand nous ouvrons les yeux, nous souffrons. Comme c'est vrai !..."
Henry Miller
"Comme plusieurs grands dramaturges, il avait commencé à raconter des histoires qui lui permettaient d'exploiter ses merveilleuses ressources d'acteur. Maintenant que ses cheveux blanchissent, chez lui comme chez Molière mûrissant, l'acteur s'efface de plus en plus derrière l'auteur."
Jean Renoir
"Je considère Charlie Chaplin un peu comme Mozart - pour une seule raison : lorsque Mozart est venu au monde, il est venu au monde entier. Or il en a été de même pour Charlot, cet acteur italien qui est né sans doute en Angleterre, qui s'est réalisé lui même en Amérique et dont les arrières grands parents s'appelaient peut être Chapelain.
Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, il n'est pas de pays qui, raisonnablement, puis revendiquer ce mime incomparable - et, leur appartenant à tous, aucun d'eux n'a le droit de lui fermer ses portes."
Sacha Guitry
"Il est au dessus de tout éloge puisque c'est le plus grand. Car quoi dire d'autre ? Le seul cinéaste en tout cas qui peut supporter sans malentendu le qualificatif si fourvoyé d'humain. On dit aujourd'hui Chaplin comme on dit Vinci, ou plutôt Charlot comme on dit Leonard."
Jean-Luc Godard