A l'époque, tu n'avais pas justifié ta démarche. Ce qui a provoqué autant d'enthousiasme que de haine.
Je l'ai fait volontairement. Chacun peut trouver le message qu'il veut dans ces clips. Et personnellement j'adore ça : tu peux, en tant que réalisateur, mettre un message ou au contraire ne rien justifier. Il n'y a aucune mission. Je trouve ça moins intéressant de justifier, même quand ça commence à monter sur des forums de discussion. J'ai des potes qui, en voyant les deux clips, étaient morts de rire de A à Z parce que c'est sur-dramatisé et ouvertement débile. D'autres y voient des choses plus profondes. Personnellement, je préfère rester en retrait de l'analyse. Surtout qu'après Stress, j'ai commencé à devenir masochistement fan des commentaires «mauvaise ambiance» sur YouTube ou Dailymotion, du genre «sa mère aurait dû avorter». Je fais une collection, du coup. Et je voulais la continuer parce qu'au fond, je crois que j'adore ça. Internet, c'est vraiment la démocratisation de la critique. Au moment du clip de Justice, tu te prends ça dans la gueule, c'est un peu violent. Mais, finalement, c'est tellement dingue que tu passes un cap et ça devient mortel. Je cherchais les plus mauvaises critiques et j'étais moins attentif aux bonnes. Je cherchais à tout prix les mecs les plus virulents, ceux qui s'énervaient le plus derrière leur ordinateur. C'est quand même assez cool de provoquer ce genre de sensations avec seulement un clip de 7 minutes.
Qu'est-ce qui justifie des réactions extrêmes?
Je ne m'attendais pas à une telle déferlante de messages provenant de gens vraiment choqués. En analysant après coup, je ne pense pas que ce soit pour la violence. Aujourd'hui, on trouve tout sur le net. Même dans les films ou à la télévision, tu assistes à des scènes plus violentes. Le fait que ce ne soit pas explicatif ni moralisateur, qu'il n'y a pas de message clair, c'est ce qui déstabilise les gens. Quand le clip de Stress est sorti, la presse de gauche m'a traité de facho et la droite sous-entendait que c'était un appel à l'anarchie. Tu te retrouves au milieu de tout ça et tu ne sais plus où te situer. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, la morale est partout : il y a plein de films américains que j'adore, genre les comédies avec Ben Stiller où je suis mort de rire. Je ne peux pas m'empêcher d'être frustré par les dernières vingt minutes qui me plombent tout parce qu'ils rattrapent toutes les outrances de la première partie du film au nom d'une morale.
Je l'adore 