Ca fait vraiment plaisir décidément
Dimanche soir, je disais un peu pour trouver une formule que j'avais fait un rêve et qu'il s'appelait Sleuth. Quelques jours après, je me rends compte que je n'exagérais pas tant que ça, et que je n'avais pas mis ma note à la légère non plus (au passage le film est pour le moment 19ème de mon top).
J'ai été touché par ce certain sentiment de perfection qui est indubitablement la marque d'un chef d'oeuvre, et ce film a eu deux "effets" différents sur moi. Le premier est que je me suis vu confirmé ne pas être blasé, ou trop difficile depuis mon dernier 9.5 (à savoir The Wall), et le second que c'est bien le scénario qui compte avant tout pour moi.
Après cet aparté, revenons au film.
Rarement dans un film j'ai ressenti une telle unité, une telle perfection, qui fait que le film forme un tout dans lequel il est difficile de dire "j'ai préféré telle partie" ou "ce passage est moins bien". Tout dans ce film, de la mise en scène millimétrée, aux jeux d'acteurs théâtraux et fascinants, en passant par la remarquable musique et les décors somptueux, est au service d'un scénario proprement diabolique d'intelligence, dans les dialogues ou les développements.
En effet, quand le film commence, on se demande comment un huis clos entre 2 personnages dans un manoir pourra être passionnant pendant 2h15. Et à chaque rebondissement, j'étais de plus en plus admiratif (même si comme le dit Reo on peut plus ou moins deviner) devant l'intelligence du scénario. Quasiment toutes les 30 minutes, les rapports de forces et relations entre les deux personnages connaissent des changements radicaux, et le tour de force est que cela reste cohérent.
Le souci du détail est absolument partout, à commencer par la scène d'introduction, très belle et intriguante, il est à peu près impossible de deviner de qui il s'agit, et cela sert à préparer un plan final de toute beauté. Le long plan séquence pour la labyrinthe est un quasi résumé du film, dans lequel on va se perdre et se retrouver à intervalles réguliers, jusqu'à une impasse dont la solution ne nous serait jamais venue à l'idée.
Il y aurait tant à dire sur les personnages, Milo Tindle et Andrew Wykes, les apparences étant tellement trompeuses au début du film... Chacun apporte sa part de réflexion et de blagues caustiques sur le mariage, les femmes, les classes sociales, l'immigration, la sexualité, toujours bien amenées et avec un humour délectable, car étonnement cru.
Le performance d'Olivier m'a réellement bluffé, il a beau avoir un jeu très théâtral, il apporte une intensité et une crédibilité incroyables à son personnage.
Pour finir en parlant de quelques scènes, car je sens que cette critique s'éternise et part en vrille, je dois bien avouer que la scène dans laquelle Doppler se révèle être Tindle donne lieu à un des meilleurs twists que j'ai jamais vu. Pendant plus de 20 minutes, Doppler "s'acharne" à nous faire croire que Tindle est mort, et le fait que Wykes s'en défende paraît normal pour le spectateur, qui le croyait bien mort de toute façon. Difficile d'exprimer la puissance de cette scène, mais vraiment elle m'a bluffé.
De même, la préparation du cambriolage au départ est simplement jouissive, à grands coups de déguisements absurdes, destruction de mobilier et comique de situation.
Et la fin, cruelle mais tellement logique, à trop vouloir jouer les deux ont tout perdu, ne pas savoir où arrêter un manège sadique fut leur faute.
Toujours 9.5 (rappel)