Revu. C'est très étrange parce qu'en ce moment j'ai l'impression d'être en légère panne d'inspiration au niveau de l'écriture. Peut-être faudrait-il que j'investisse un hôtel désert, miteux, aux murs décrépis qui en diraient long sur mon état d'esprit psychologique.
Je ne vais donc pas m'étendre sur le film, qui m'a tout l'air d'un véritable classique du cinéma américain. Pour l'instant je ne sais pas trop en quoi, ni pourquoi. De la même façon que je ne sais pas pourquoi je n'ai pas adoré le film, et pourquoi il semble me hanter depuis quelques heures. Il faudra sûrement du temps pour que tout se décante un peu, et que je saisisse davantage les enjeux de ce que je viens de voir. Néanmoins j'ai beaucoup aimé, notamment pour l'atmosphère si particulièrement mystérieuse qui passe beaucoup par le décor de l'hôtel, sa manière d'être un lieu palpable, d'être un personnage à part entière ( qui m'a fait penser, dans l'esprit, au motel de Psycho, que les Coen auront aussi en tête en tournant No Country sûrement ).
Et puis comme souvent chez les Coen, j'adore les personnages. Pas très loin des stéréotypes - carrément dedans même - et pourtant si finement décrits. C'est ça qui est intéressant chez les frangins, la façon dont ils travaillent les archétypes, comment ils s'appuient sur une base qui n'a rien de surprenant pour mieux, grâce à des dialogues d'une acuité et d'une rare intelligence, dessiner des psychologies individuelles d'une formidable précision. Je pense aux producteurs par exemple, à leur mépris total envers le cinéma et les individus, qui sont à fond dans l'exagération ( Tony Shaloub est excellent ) mais qui semblent dans le même temps parfaitement crédibles. Et bien sûr aux deux personnages principaux, dont l'un est interprété par un John Goodman au sommet de son art. Meadows est un personnage typique du film puisqu'il fait de l'ambiguité sa matière principale, à la fois menaçant et réconfortant, venant troubler l'intimité de Barton Fink, d'abord étranger total ( dès qu'il tape à la porte ), puis voisin amical dont la propension à vouloir aider Fink va de paire avec une inévitable - mais involontaire - manie de lui faire du mal. C'est par exemple le moment où il veut lui apprendre le catch, qui se finira par une chute douloureuse de Fink. La chute est d'ailleurs un mot qui définit bien la trajectoire du personnage principal, dont le passage vers la côte ouest ne ressemble à rien d'autre qu'à une progressive et inéluctable descente aux Enfers. Et on pense, en voyant Fink, à d'autres personnages des Coen, qui ont l'air de ne rien maîtriser de leur vie et de tout laisser s'effondrer sans pouvoir y faire quelque chose. Toute résistance serait inutile en fait, et chacun de leurs actes fait qu'ils s'embourbent davantage, comme pris dans des sables mouvants contre lesquels la lutte ne mène à rien, sinon à les enfoncer encore plus. Mais - et dans Barton Fink - c'est la dure loi d'Hollywood, hôtel menaçant où la solitude et l'effroi hantent chacun des couloirs.
Je reviens sur le décor principal et à cette fin assez énorme. La symbolique est là mais pas lourde du tout, et surtout, Barton Fink s'achève d'une manière parfaitement cohérente dans une atmosphère infernale qui pousse l'irréalisme du film à un point ultime. Les flammes surgissent de nulle part, on sait bien que rien de tout cela n'est très crédible, et pourtant, la sensation d'être dans un univers finalement réaliste imprègne la conclusion de ce petit chef d'oeuvre. C'est la force des Coen, que de proposer un mélange d'atmosphères si particulières et si intimes à la fois, et d'en faire naître l'absurdité ou l'horreur.
9/10