De Polanski, je n'ai vu que ses deux derniers films que j'ai adorés (surtout la Vénus à la Fourrure), forcément le pédigrée du gars donne envie d'explorer les oeuvres emblématiques du début de sa filmo, et Rosemary's Baby me semblait être le point d'entrée idéal.
Le film reprend la structure du film d'épouvante en comprenant bien que ce qui marche dans ce genre de film : la suggestion, l'atmosphère et les personnages. On a donc une structure qui prend vraiment son temps avant de vraiment donner dans l'horrorifique. Ça commence de la manière la plus simple du monde : un jeune couple arrive dans son nouvel appartement, rencontre ses voisins, charmants mais un peu envahissants, et caresse le rêve d'un bébé. Et l'angoisse monte progressivement, à mesure que les petits détails se superposent, que les coïncidences s'accumulent. du coup, on a une première partie presque normale, qui construit petit à petit les effets avant que la deuxième ne bascule vraiment dans un climat paranoïaque assez étouffant.
Et le personnage de Farrow est juste le vecteur parfait pour toute cette angoisse. C'est une actrice que j'adore, la connaissant surtout chez Woody Allen mais ici elle dévoile un visage que je ne lui connaissais pas, passant d'une retenue un peu naïve à des démonstrations d'anxiété assez poignantes. C'est particulièrement efficace de tout construire de son point de vue, de finir par la mettre en opposition avec tout le reste à mesure que ses craintes prennent le pas sur le reste.
Et Polanski sait y faire, sait mettre en scène les ficelles de son récit de la plus belle des manières. J'adore le côté un peu viscéral de la réalisation qui conserve toute la maîtrise des grands metteurs en scène de l'horreur (en jouant sur ce qu'on ne montre pas, ce qui apparait dans le cadre) tout en ayant une esthétique globale plus "Nouvel Hollywood", plus brut et plus ancrée dans le réel.
La fin me faisait un peu peur, parce qu'elle allait forcément trancher (ou ne pas trancher ?), je dois dire que c'est suffisamment bien mis en scène et bien écrit pour qu'on y croie à fond, que ça ne jure pas avec le reste et l'idée de fin, ce que ça sous-entend pour Farrow... C'est génial, tellement fort comme idée.
Ça m'a glacé le sang et m'a bien donné envie de continuer Polanski en tout cas.