Dernier volet de la trilogie des appartements maudits, Le Locataire condense les grandes lignes de ses aînés, à savoir la naissance de la folie dans Répulsion et la peur croissante des autres dans Rosemary's Baby, pour un résultat pas entièrement abouti.
Il n'est pas facile de faire rentrer l'horreur dans le quotidien (coucou Paranormal Activity) mais Roman Polanski relève le défi sans efforts. Le film est parcouru de scènes glauques (les personnes qui restent statiques à la fenêtre d'en face) qui deviennent progressivement de plus en plus poussées (le point de rupture arrivant le soir où le personnage principal est malade). Parallèlement à cela, le comportement des voisins se dégrade. Au départ peu engageants, ils deviennent petit à petit de véritables monstres, reprochant au nouveau locataire des choses absurdes ou injustes. Le dialogue s'estompe et laisse la forte impression qu'un piège se referme sur le pauvre Trelkovsky...
Le frisson est donc bien présent, mais le réalisateur semble rechigner à le pousser jusqu'au bout. Les scènes de nuit sont efficaces et aurait mérité de s'étirer, de devenir insoutenables pour le spectateur, comme le faisait si bien Black Christmas. Polanski avait largement les capacités pour le faire, mais il a choisi de terminer ces scènes brusquement, par un cut qui laisse un vide, comme s'il manquait une conclusion à ce que l'on vient de voir. Ce montage pas très heureux permettent de revenir aux scènes de jour, qui n'ont rien de très intéressant. Je pardonne le rythme lent de la première heure, qui servait à mettre tous les éléments en place, mais une fois qu'on a basculé dans la folie complète, on veut y rester ! Ces retours à la normale sont peut-être nécessaires sur le papier, mais en pratique on s'ennuie ferme.
Il y a bien évidemment beaucoup plus de bien que de mal à tirer de ce long-métrage. L'ambiance horrifique est bien là, et si les insupportables scènes de jour arrivent à la chasser, elle revient au galop à la nuit tombée. Par ailleurs, les nombreux thèmes abordés et les différentes interprétations possibles font du Locataire une œuvre riche, mais un gros manque d'unité l'empêche de se hisser au rang d'excellent film.
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