Une critique qui peut éclairer ce que certains(dont moi)essaient de dire et pensent du film:
Phénomènes… Je suis surpris que, toi qui aimes tant Hitchcock et le rappelle opportunément ici, n’aies pas vu le McGuffin gros comme une maison en plastoc : ça ne parle pas d’écolo-niaiserie, mais de perte du lien social, de perte de confiance en l’autre. C’est dans la superbe scène de la fausse maison que le McGuffin est eventé : le gag de la plante en plastique est plus qu’un gag, c’est la clé de lecture du film. Tout ce qu’on croit depuis le début - alors même que dans la première séquence on nous dit : la nature a ses raisons que la raison ne connait point - est ici dénoncé pour ce que c’est : un simulacre, plantes, accessoire et maison en plastique. On croit ce qu’on veut croire. Si on nous avait dit, c’est une attaque extraterrestre à l’origine du désastre, nous l’aurions cru idem. Parce que Shyamalan, en grand METTEUR EN SCENE (les cinéastes américains qui ont une telle maitrise du découpage se comptent sur les doigts de la main), ne parle que d’images et de croyance, dans tous ses films. Il gratte les mythes contemporains (les fantomes, les super-héros, les ET, la frontière…) et martelle une idée simple mais apparemment pas saisie par tout le monde : les images ne disent rien d’autre que ce qu’on veut leur faire dire (la scène du ring of mood, avec ses couleurs interprétables à volonté) ; dès lors que le mensonge est partout, est le fondement même de la société (Le village, La jeune fille de l’eau), que nous reste-t-il ? La confiance, malgré tout, en ses proches, au moins. Les hommes meurent dans Phénomènes parce qu’ils perdent confiance en eux, en les autres (revois le film, c’est flagrant). Mark et Zooey stoppent le phénomène dès lors qu’ils acceptent, après la sublime scène du tuyau de poil, de se faire à nouveau confiance… Bref, je crois qu’en terme de “suggestion, d’imaginaire caché derrière l’image, de possibilité d’être ailleurs que ce qu’il montre”, Shyamalan se pose là.
Julien Gester.Les Inrocks.