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Sur les quais

DoctorZoidberg
DoctorZoidberg
Niveau 38
10 novembre 2014 à 22:44:22

Je n'ai pas trouvé que le film tombait dans le manichéisme dont tu parles, le personnage que Brando joue (à merveille) n'est pas un héros, ni un anti-héros, c'est un personnage qui est digne de Kazan, ni bon ni mauvais, mais qui comme tu dis est toujours présenté avec excellence dans son contexte social et historique.

Il y a en effet cette symbolique sur laquelle les plans jouent assez fort sur la fin, mais c'est tellement beau, tellement puissant, puis en effet c'est sans doute son film duquel il se rapproche le plus personnellement. Enfin je trouve que ça s'accorde très bien avec l'ensemble du film. Là où je trouvais Un tramway nommé Désir légèrement lourd sur la longueur, sans doute à cause du fait qu'il soit l'adaptation d'une pièce de théâtre (à laquelle il répond brillamment c'est certain), et que cela déteint sur la gestion de la mise en scène, On the Waterfront est d'une grande fluidité, vivacité dans la narration, et on a des scènes absolument grandioses du cinéma Américain. (je pense à la scène entre Brando et Marie Saint qui implique un train en fond sonore si je ne me trompe pas, puissant.)

W_Wenders
W_Wenders
Niveau 10
10 novembre 2014 à 22:53:00

Le problème je trouve, c'est que la fin fait que l'on passe à côté d'un film qui traite l'omerta en entier, on tombe juste dans le "dénoncer c'est bien, ça permet de changer les choses" et du coup, toute la subtilité du film est un peu niquée.

J'ai bien aimé sur le moment aussi, faut dire que ça a de la gueule, mais en y repensant tout de suite après, j'ai déchanté. Parce que là, il n'y a que Brando de vraiment nuancé, les autres sont soit gentils (le curé et l'ingénue), soit méchants (la mafia) soit des péons qui attendent leur héros (les dockers). Du coup, c'est marrant parce que en un plan ils passent du stade de lâches a celui de héros révoltés, suivant bravement leur leader.
Ou alors c'est dire que les gens sont tous des moutons. Dans les deux cas, ça me pose problème.

La scène de l'aveu avec le train est effectivement énorme oui.

Enfin, je suis gêné pour juger le film, parce que j'ai globalement aimé, mais au final, je sais pas trop quoi en penser a cause des défauts évoqués plus haut.

Masterchief40k
Masterchief40k
Niveau 10
13 janvier 2017 à 19:41:59

Voilà de quoi commencer l’année cinéphilique idéalement avec un grand classique, double première fois pour moi puisque premier Kazan et premier Brando jeune (je ne l’avais connu jusqu’à présent que dans ses rôles chez Coppola et Superman je pense). Et c’est une belle petite claque.

Le film concilie l’approche du Hollywood classique avec un certain réalisme social : on nous parle d’un endroit où le crime est maître, où les travailleurs moyens font le jeu de la pègre et où des jeunes prometteurs mais paumés, comme Brando, sont récupérés et manipulés. C’est assez génial de sentir à quel point l’ambiance des docks suinte la misère et le désespoir (ça me rappellerait presque la saison 2 de The Wire). Le film emprunte un schéma que l’on connaît, celui du loser tiraillé entre la volonté de faire le bien et la peur de trahir les “siens”. On sait plus ou moins comment tout va se dérouler, y compris en ce qui concerne la romance, la seule question étant celle de la fin, allait-on finir sur un truc bien pessimiste et fataliste ou au contraire sur un appel à l’espoir ? Mystère mystère mais en tout cas la dernière séquence est magnifique.

Et le truc c’est que tout est traité à la perfection, je n’ai absolument rien à redire. C’est d’abord un film de personnages, qui arrive à faire vivre son milieu mais surtout ceux qui le fréquentent. Evidemment, Brando est parfait, il rentre parfaitement dans la peau de ce type bourru, souvent maladroit, mais profondément honnête et surtout très triste, perdu, rempli de désillusions, de rancoeur… C’est poignant de le voir lutter, hésiter, tenter de séduire la belle Eva Marie Saint. On a d’ailleurs une romance vraiment très belle, elle qui est filmée comme un ange et se prend d’empathie pour le loser qu’il est, lui qui l’approche comme un gros bourrin. Et puis leur relation est quand même pas mal ambiguë durant la majeure partie du film, entre la naïveté de leurs rapports et le poids du secret entre eux deux.

Ce qui est génial, c’est que les personnages secondaires bénéficient du même soin d’écriture. J’arrive à adorer tout autant le prêtre vertueux joué par Karl Malden que la crapule infâme de Lee J. Cobb (absolument jouissif), surtout que tous ces personnages ont le droit à leur grand moment, où l’écriture et la mise en scène se dédie à eux et où les interprètes flamboient. Même les rôles plus en retrait sont marquants, comme celui de Rod Steiger qui donne lieu à un dialogue emblématique terriblement puissant entre lui et Brando.

Sans être un virtuose, Kazan me semble faire partie de ces réalisateurs hollywoodiens classiques qui savent ce qu’ils font à chaque plan, qui savent comment livrer le meilleur de leurs dialogues et de leurs acteurs. Il faut voir comment il filme les moments d’intimités du couple principal, ou encore cette superbe scène de confession, rendue d’autant plus brutale par des idées de montage assez géniales.

C’est typiquement le genre de grande histoire sociale que j’adore, pleine de déchirements et malgré son côté moral très prononcé j’ai envie d’y croire à chaque instant, tellement les personnages sont beaux !

belfortgod
belfortgod
Niveau 7
12 octobre 2018 à 02:14:03

on est bien d'accord que James Gray s'est bien inspiré de ce film pour faire The Yards ?

Nicolas_98
Nicolas_98
Niveau 39
12 octobre 2018 à 04:46:34

C’est marrant,moi je pense plus à une connexion Raging Bull - Sur les quais.

Je me rapelle plus trop de The Yards mais j’avais le souvenir d’une influence chez le Parrain. Ou peut-être que c'était La Nuit nous appartient.

belfortgod
belfortgod
Niveau 7
12 octobre 2018 à 11:48:51

Le 12 octobre 2018 à 04:46:34 Nicolas_98 a écrit :
C’est marrant,moi je pense plus à une connexion Raging Bull - Sur les quais.

Je me rapelle plus trop de The Yards mais j’avais le souvenir d’une influence chez le Parrain. Ou peut-être que c'était La Nuit nous appartient.

si si c'était beaucoup inspiré du parrain mais le film parlait aussi de l'omerta , le fait de descendre des gens qui ont/vont parler, le fait qu'à la fin Brando dénonce au tribunal la mafia des quais, dans The Yards aussi Wahlberg a la fin il dénonce au tribunal bref j'ai vu plein de similitudes.
et oui Ragging Bull ne serait ce que vers la partie où ils évoquent sa petite carrière de Boxeur , la relation entre les deux frères , les combine de triches lors des matches , tout y est en effet

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