Bon allez après le Mépris vu il y a quelques jours de cela, je me suis attaqué à Pierrot le Fou, un des plus célèbres du cinéaste.
Il ne faut pas longtemps pour comprendre qu'on a affaire à quelque chose de singulier, de grand. Et si je dois dire que le début m'a plus troublé qu'enchanté, dès la rencontre des 2 protagonistes, le film devient génial. Une ode à la liberté, où Godard ne se refuse rien, comme ces scènes tout droit sorties de comédies musicales, qui ne sont pas loin de passer pour du ridicule, et pourtant ça passe, ou encore ce mélange fantaisiste de couleur, bien prononcé, que l'on retrouvera partout dans le film.
Déjà, c'est très drôle. On apprend par ailleurs que déjà en 1965 ils connaissent l'expression "kiff-kiff" (j'étais persuadé que c'était une invention de notre génération...), non mais voilà Godard s'autorise tout, comme les personnages, c'est ça le film en premier, c'est de la folie, de la liberté, à l'état brute. Lui qui conduit sa voiture sur une ligne droite, qui réalise qu'il peut aller n'importe où, et d'un coup fonce dans la mer, comme ça... Oui, on pourrait trouver ça naïf. Mais Godard dès le début nous balance ça, et jamais on trouve ça niais, enfin je suis totalement rentré dans son "trip" (comme je l'ai dit il m'a bien fallu 10 minutes environ au début), et une fois dedans c'est que du bonheur quoi... Ou cette apparition de Devos à la fin avec son monologue, mais c'est énorme quoi, un pur régal de voir ça ! Ou le culte "(...) Pierrot - J'mappelle Ferdinand !", plus ça avançait, plus ça me faisait rire, c'est con mais voilà il y a une vraie légèreté, c'est magnifique. Ou bien encore cette pièce de théâtre improvisée où elle joue "le Vietnam" et lui "Les Etats-Unis", c'est à mourir de rire franchement...
Cette légèreté, elle est totalement assumée, et Godard joue avec magnifiquement. La mise en scène est juste splendide, je suis fan. Cette légèreté est pourtant accompagnée d'une certaine tragédie, figure de la Mort qui hante les 2 personnages tout au long du film, avec ce dénouement assez explosif (oui facile je sais, et je l'ai repris évidemment...).
On a donc un éternel contraste dans ce film. Le rouge/bleu présent dans chaque scène, une musique tantôt triste tant gaie d'où sortiront leurs chants naïfs, il y a donc aussi cette dualité simple "vie/mort", mer/terre, bref y en a pas mal encore. Et simplement l'histoire-même, car dès le début eux-mêmes ont conscience que ça va pas les mener bien loin (petit jeu de mot), mais voilà en gros c'est comme Sur la Route, quoi, ils ont "conscience du temps", ils sont dans l'instant, et avancent. Mais ce contraste permanent réside même dans eux, avec cette scène très drôle où chacun dit ce qu'il aime, et elle qui conclue par "On n'est pas fait pour être ensemble"...
Et donc malgré tous ces contrastes qui peuplent le film ils avancent, avancent, malgré une fin tragique.
Les références à la littérature sont pléthore, lui qui tient son petit journal, vague réflexion entre fiction/réalité. Godard a le plaisir de nous faire participer à ce jeu, quand subitement à un moment en voiture lui se retourne et nous parle, ou bien elle qui lui parle, et avec un gros plan sur son visage, tourne son regard vers la caméra et nous fixe, comme si on avait compris qu'elle mentait... Nous inclure dans ce "jeu" j'ai trouvé ça très malin de sa part, on se retrouve encore plus près d'eux, j'ai beaucoup aimé.
Non voilà la mise en scène relève du virtuose, c'est très original, chaque parole, citation, est magnifique, il y a tout... C'est juste amazing j'en reviens pas, une claque ce film, même si j'avais peur au départ que le sujet du road-movie a été vu et revu, mais Godard a tellement de talent qu'il nous sort un truc magistral, et je me demande en allant aussi loin qui aurait pu pondre un truc pareil à part lui... J'ai déjà envie de le revoir, j'étais tellement bien devant ce film, le retour de la réalité est assez dur... Les deux sont super, Karina est sublime, je la découvrais et wahou, la claque.
Bon voilà rien d'autre à rajouter je pense, ah si comme j'ai lu que les Amants de Pont-Neuf de Carax était bourré de référence de Pierrot le Fou, j'ai aussi de revoir celui-là, voilà. 