J'ai toujours le DVD, je devrais le revoir avec un oeil plus concentré.
Bien le bonjour amis cinéphiles.
J'ai une petite question, quel montage me conseillez-vous pour le film ? Celui de 1962 ou bien celui de 1984 ?
Le film de Welles, pas vu l'autre, mais bon, comme s'il pouvait y avoir comparaison possible.
Parfait.
C’est un mot qui est bien souvent galvaudé mais celui-ci sied à merveille au film. Welles atteint des sommets de maîtrise technique et narrative absolument hallucinante. Un noir et blanc très marqué, comme les films de l’expressionisme allemand des années 20, beaucoup de plan-séquence, des plongées et des contre-plongées à foison. Une gigantesque profondeur de champ permettant une netteté de l’image assez impressionnante que ce soit lors des plans plus larges ou des plans plus exigus.
Tout comme le personnage de K, je me suis véritablement senti emprisonné dans ce gigantesque labyrinthe cauchemardesque ou le temps n’a plus cours et ou les espace se confondent complètement. C’est un film très troublant, j’ai constamment eu l’impression d’être observé, c'était très étouffant, particulièrement malsain et cela monte en puissance durant tout le film : le climax se situant pour moi
Début du
Les enfants qui observent K avec une incroyable avidité.
Fin du
Je pensais avoir trouver le pinacle de l’œuvre de Welles avec Citizen Kane mais j’avais tort, celui-ci le surpasse à mes yeux même si de très peu.
PS : je suis le seul à l’avoir noté 10 sur CL, ceci est une honte ! :hap :
DarkSebastos Voir le profil de DarkSebastos
Posté le 14 mai 2013 à 17:15:33 Avertir un administrateur
Bien le bonjour amis cinéphiles.
J'ai une petite question, quel montage me conseillez-vous pour le film ? Celui de 1962 ou bien celui de 1984 ?
Ah parce que certains se sont amusés à charcuter le film? à moins que ce fut supervisé par Welles lui même, je crois que je me suis bien fait baiser en regardant une version dont j'ignore la date, pas moyen de savoir laquelle j'ai. En tout cas c'était une VOSTFR (la VO avait l'air carrément trop kitsch)
Hormis ça, le film était vraiment très bon, lugubre à souhait. Je me suis aussi dit que si il avait été en couleur (ou plus terrible encore, coloré) ça n'aurait pas eu la même incidence visuelle sur moi, faut dire que la photo était terrible (dans le bon sens du terme), même si certains plans trop brefs permettaient pas de suffisamment mettre en valeur d'excellentes idées (comme lorsque le projecteur s'éteint, laissé Perkins en contre-jour avec juste une face de son visage éclairé, ce dernier étant cadré seul). Welles lui même jouait un rôle bien drôle.
J'ai aussi été rassuré de constater que Moreau et Schneider causaient pas avec le bon vieil accent bien prononcé de par chez nous.
Et puis le background totalement improbable du film capturait bien l'essence de "l'absurde". On est tellement happé par l'intrigue qu'on en oublie même de méditer le message du film...
Le procès de kafka ![]()
T'as décidé de booster comme un porc en postant trois mots sur tous les topics qui te tombent sous la main ?
Si encore c'était pour dire des trucs intéressants...
C'était le dernier "grand" Welles que je devais voir. Eh bien c'est sans doute mon préféré du cinéaste. Une grosse grosse claque en fait.
Dès cette intro sublime tu sens que le film sera énorme de bout en bout. Je ne connais pas bien Kafka, mais je suis assez réceptif à l'absurde, et là j'ai été pris dedans dès le début. J'aime comme le récit monte en puissance, on commence par se poser de petites questions, puis ça monte, ça monte, on sombre dans la folie. Je ne pense pas avoir tout compris, il y a énormément de dialogues, qui parfois tombent dans le non-sens, et alors ? Parce que le propos est saillant dans sa globalité, et ce qui compte c'est de se laisser porter par cette atmosphère folle. Et là encore Welles prouve qu'il est l'un des meilleurs (le meilleur ?) metteurs en scène de l'histoire du cinéma, parce que le film est juste grandiose formellement. Ça fourmille de très longs plans, de contre-plongées et de gros plans angoissants, de mouvements virtuoses, de compositions sublimes, mais ici le tout est mis au service du côté fou et dérangeant du récit. Et autant j'adore Welles quand il met en scène des histoires plus classiques, notamment ses films noirs, autant c'est je pense à ce genre d'atmosphère que sa frénésie visuelle colle le mieux. Il faut voir la manière dont il sublime ces décors, les monologues des personnages, dont il fait vivre cet enchainement de lieux et de personnages incongrus. La deuxième partie, on dirait la maison de la folie de La Dame de Shanghai mais non-stop quoi. Un mot sur la musique, tantôt mélancolique et presque funéraire, tantôt délicieusement ironique, tantôt folle, une espèce de jazz improbable, enfin là aussi c'est brillant (et je remarque rarement la musique chez Welles). Je me dois aussi de souligner les acteurs, tous géniaux, en particulier Perkins, il n'a pas eu énormément de grands rôles, mais il a tourné dans les deux meilleurs films des deux meilleurs réalisateurs de son temps (allez je me calme sur les superlatifs
), Romy Schneider est envoutante, Welles impérial comme à son habitude.
Tout est parfait, c'est vraiment absolu comme cinéma. Le sommet d'Orson Welles.
Le Procès est une incroyable virée dans un cauchemar qui semble sans fin ni échappatoire possible. Et, à mon humble avis, on aura rarement filmé un cauchemar avec autant de classe et de génie. Orson Welles nous plonge (et contre-plonge) dans un univers semblant dénué de toute logique, régi par l’absurde et le non-sens. C’est cet aspect qui rend l’ensemble du film cauchemardesque et oppressant d’ailleurs, le fait que cette histoire ne s’appuie pas sur un socle réel et qu’elle se déroule dans des décors complètement baroques. On assiste alors aux préparatifs d’un procès fantasmé (et qui n’aura jamais lieu) d’un homme jugé pour des raisons mystérieuses. Ou alors jugé pour le simple crime de vivre dans un système dont il est pourtant un des rouages.
Le film s’attache à représenter plusieurs choses. Celle d’illustrer tout d’abord un système totalement déshumanisé en mettant en exergue toute l’impuissance de l’être humain à lutter contre celui-ci voire tout simplement à le contourner. Et Joseph K. en est un parfait représentant, lui qui dénonce ce système tout en continuant à l’alimenter en y participant activement à son insu. L’errance du personnage dans ces longs labyrinthes bureaucratiques est vraiment saisissante. Je n’ai pu m’empêcher de ressentir une menace permanente, comme un danger qui pouvait survenir d’un instant à l’autre, surtout quand Joseph K. se retrouve confronté à d’autres humains. Et la narration sert parfaitement cette sensation de cauchemar infini. Plus le personnage avance et plus sa situation semble inextricable.
Mais ce climat d’oppression est surtout mis en valeur par l’incroyable travail de mise en scène. Orson Welles était décidément un grand cinéaste qui faisait parler l’image à merveille. Ces plongées suivies de contre-plongées (et inversement) n’en finissent pas de nous faire sentir à l’étroit, comme si la scène se renfermait sur le personnage de Joseph K, lui empêchant toute fuite possible. Rarement j’aurais vu de décors aussi bien mis en valeur. Si l’atmosphère est irréelle et la temporalité impossible à définir, on se repère tout de même dans les limbes de ce cauchemar qui a des lieux reconnaissables. C’est ce qui confère aussi au Procès cette sensation d’impuissance et d’oppression, Joseph K. semble tourner en rond dans cet univers, ce qui le rend complètement angoissant. Et ces plans-séquences sont tellement intenses, contribuent à créer ce sentiment d’errance sans fin. Rien que l’interrogatoire dans la chambre au tout début est hallucinant de maîtrise formelle. Et de prime, la photographie est fabuleuse, sublimant les clairs obscurs comme rarement.
Enfin ce film est également porté par des interprètes géniaux. Anthony Perkins offre une prestation d’anthologie dans le rôle de ce personnage ambigu et toujours plus proche du gouffre qui lui est promis. On retrouve également un Orson Welles toujours aussi imposant et charismatique dans un rôle « d’avocat » sans foi ni loi. Et Romy Schneider apporte cette touche de sensualité, rendant les séquences entre elle et Perkins assez érotisantes, avec une tension sexuelle folle. J’ai vraiment pris une sacrée claque devant ce chef d’œuvre aussi osé que brillant, qui expose avec génie toute la crasse de l’humanité. Une lente glissade vers l’extermination d’un homme menée par un pouvoir inconnu, invisible et pourtant terriblement oppressant. Le Procès est, pour ma part, l’oeuvre la plus aboutie d’Orson Welles.
Entièrement d'accord avec toi, ta note fait plaisir
Le meilleur Welles pour moi ![]()
Ce film vient de me mettre en transe. Cette folie qui s'en dégage, cette atmosphère cauchemardesque et labyrinthique... Cette tension parfaite...
J'en peux plus tellement c'est génial.
Mec t'es un vrai chef ! ![]()
![]()
Snakier qui pèse dans le milieu de la critique ! ![]()
Le 27 septembre 2016 à 09:19:26 :
Snakier qui pèse dans le milieu de la critique !
C'est dans ce genre de moments que je regrette d'avoir supprimé l'intégralité de mes messages, je viens de revoir le film et je venais voir ce que ça en disait, je tombe sur ce message et j'avais complétement oublié que j'avais déjà posté,
J'aurais rêvé de relire ce que j'avais écrit à l'époque (sans doute très mal, je suis toujours aussi mauvais à l'idée d'écrire), si quelqu'un a un truc quelconque qui permet de les retrouver je suis preneur ![]()
Ya un gros travail visuel fait pour rendre l'univers angoissant : on a l'impression que tout le film est en plongée ou contre plongée, quand Welles se lève on dirait qu'il fait 4 fois la taille de k, une grande profondeur de champs l'image est nette sur tous les plans ce qui fait qu'il se passe pleins de trucs a pleins d'échelle différente et donne l'impression d'un univers saturé, fouillis.
Le pinacle de ce sentiment d’oppression c'est la scène chez le peintre avec les filles qui l'observe par les trous.
Il dit explicitement dans le film qu'il veut donner l'impression d'un cauchemar puisqu'il commence en disant qu'il adapte un roman qui est considéré comme ayant un style cauchemardesque ou un truc comme ça.
Le truc c'est que dans le bouquin on suit le personnage de k vraiment en introspection a chaque fois qu'il dit un truc on a lu pendant une dizaine de ligne le fil de ses pensées qui l'ont conduit a balancer ça, parce que ce qui rend le livre dérangeant, ce qui donne un sentiment d'absurdité c'est que c'est normal la plupart du temps et tout a coup il va se passer un truc insensé.
La on suit a la ligne le livre c'est à dire que c'est au mot près les mêmes dialogues, mais il enlève toutes les scènes de transition, d'introspection en gros il y'a toutes les grandes lignes (la rupture avec l'avocat, la discussion avec le prêtre, la scène avec jeanne moreau …) mais sans tout ce qui doit amener à ça.
Par exemple dans le film quand il dit a sa cousine qu'il veut rompre avec l'avocat ça arrive comme ça bam, cash y'a pas les passages qui montre que K commence a angoisser et a penser qu'il perd son temps, le fait qu'il n'y ait pas de mise en place du contexte rend le personnage de K aussi étrange que les autres, ça contribue a rendre toutes les scènes absurdes tandis que l'absurde née (dans le livre du moins) de l'altercation fait réel mais je suis pas sur que ça rendent le film absurde en lui même.
Pour info le choix de la gare a été imposé au dernier moment.
Vu, c'était bien.