Zodiac, c'est d'abord une histoire de temps. Celui qui passe. Fincher étale son récit sur 20 ans, traversant en 2 heures et demi l'histoire de l'un des sérial killer les plus célèbres des Etats Unis. Evolution technologique, évolution urbaine, évolution médiatique surtout (passé le fait et son pic d'intensité, tout retombe aussi soudainement) mais figement des personnages, de 2 personnages cruciaux: Toschi et Graysmith. Comme pour rappeler l'instantané du meurtre, les 2 personnes les plus impliquées dans la traque ne vieillissent pas: ils sont dans cet instant, figés au moment du coups de couteau ou de fusil. (Voir quelques éléments intéressant dans une interview de ce début d'année des Cahiers avec Fincher).
Mais Zodiac c'est aussi une histoire d'obsession. L'obsession meurtrière du tueur bien sur, mais aussi l'obsession de vérité de flics et journalistes avec diverses conséquences, toutes négatives: perte de l'emploi, explosion du couple.
De cette obsession naîtra aussi une certitude, ou des certitudes. Graysmith perd son objectivité jusqu'à vouloir forcer la réponse de la détenu. A la limite de la folie.
Concernant la mise en scène, l'oeuvre de Fincher est d'une profonde intelligence, d'une sobriété exemplaire (fini les effets inutiles de Fight Club). J'ai lu certaines critiques ici parlant d'un essouflemment dans la deuxième partie. je suis en désaccord complet. Le récit prend une autre direction dans cette deuxième partie. D'une enquête policière, on passe à l'enquête d'1 homme, on ne s'intéresse plus au Zodiaque (médiatiquement aux oubliettes depuis qu'il ne tue plus) mais à Graysmith. Allongement des scènes, ralentissement de la narration, nous ne sommes plus dans la fulgurance du meurtre et c'est brillant.
Zodiac est immense, un chef d'oeuvre.
9/10