Je dois dire qu'après les derniers Cronenberg que j'ai vus, ça fait bizarre de voir le réalisateur aussi sobre. Enfin, façon de parler, disons qu'on n'a pas de vagins géants qui poussent aléatoirement sur les corps ou autre bizarrerie
mais j'ai pas l'impression que cette sobriété bride le vieux David, au contraire on le sent arrivé à une certaine maturité, une envie de traiter ses obsessions de façon différente mais sans perdre de sa puissance.
C'est probablement le meilleur que j'ai vu de lui jusqu'à présent, en tout cas c'est sans doute le plus intelligent. On a là un film qui traite (évidemment) de violence, il y a vraiment quelque chose dans cette manière qu'a le film de construire le parfait petit modèle de la famille américaine pour ensuite progressivement le faire voler en éclat. Et c'est souvent ça chez Cronenberg j'ai l'impression : on commence presque normalement mais petit à petit les choses révèlent leur vraie nature, beaucoup plus torturée qu'en apparence. C'est toujours mis en scène avec énormément de talent, un côté assez sobre mais ce sens du cadrage, cette manière de filmer les choses pour faire ressortir leur étrangeté, une utilisation toujours très intelligente du hors-champ. Et il se fait un peu plaisir avec sa scène d'intro mais quand c'est fait avec autant de classe...
Quelque part, je vais faire mon Schaffer mais c'est un peu un film sur l'Amérique, sur une idée du modèle américain (la famille, la petite ville remplie de bons citoyens) mais avec cette violence dormante, intrinsèque. Et la dernière scène pour moi c'est exactement ça, l'éclatement de la cellule familiale traditionnelle, c'est d'ailleurs ma scène préférée du film je pense, plus que les scènes de violence (magistrales, à la fois malsaines et jouissives) ou la rencontre avec le frère qui est un sommet d'écriture aussi. C'est sans doute la meilleure prestation que j'ai pu voir chez Mortensen, il joue parfaitement ce double rôle, le brave père de famille mais avec ces graines de violence qui ne demandent qu'à germer à nouveau.
Cronenberg à son meilleur donc, et Eastern Promises a l'air du même tonneau !