Après 2001, Orange Mécanique, Loltia, Full Metal Jacket et Barry Lyndon, je décide de mater un autre Kubrick. Bon, bonne nouvelle, c'est une comédie et ça changera de ces films souvent dramatiques malgré une forme d'ironie macabre notamment dans FMJ.
Ah ben, le sujet, c'est un quiproquo entrainant l'usage de la Nuke par les Américains sur les Russes. Bon ben, pour la comédie de boulevard fraiche et sympathoche, c'est raté mais je m'y attendais 
Le sujet prête tellement pas à la comédie que le premier quart d'heure ne prête pas trop au comique, il explique la situation assez dramatique. Quoi que, les chansons militaires encourageantes pour des mecs prêts à faire la pire connerie de l'humanité, ça fait forcément sourire.
Une fois la première demi heure achevé, le film enchaîne gags de situation et enfoncement dans l'absurde et la malchance. Je vois en réalité le film davantage comme un unique gag de une heure 30, ponctué de petits gags à l'intérieur du gag pour faire rire un peu le spectateur avant la fin. Les petits gags en eux mêmes font généralement mouches, mais la construction fait qu'en réalité, on rit je trouve assez peu de fois. Oh bien sur, le personnage du Docteur Folamour, le coup des fluides corporels, le rodéo sur la Nuke, le panneau "Nous sommes les agents de la paix" dans le QG du Général Ripper alors que les mecs sont en train de s’entre-tuer , tout ça m'a plutôt bien fait rire. Mais pendant une heure 30, j'étais davantage consterné par la connerie de l'humanité qu'en train de rire.
Mais une fois le film terminé, ben j'étais mort de rire. Le gag était terminé, donc j'ai ri. Et j'ai bien ri même, j'en ris encore un peu en écrivant d'ailleurs.
C'est d'ailleurs je crois rare de dire ça finalement. Quand on regarde une comédie, on dit souvent que le film nous a fait rire, mais en réalité, c'est un abus de langage dans bien des cas. Le film nous a fait rire par ses gags, mais pas forcément pas son histoire en elle même. L'exemple qui me vient, parmi d'autres, c'est Asterix Mission Cléopatre. On rit beaucoup devant ce film, mais on rit des gags, l'histoire n'a "rien" de drôle, ce sont juste des Gaulois qui acceptent d'aider un ami et réussissent et d'ailleurs, à la fin, on est heureux de cette réussite et non en train de rire finalement. Là, le film est drôle. Et terriblement drôle.
Faut dire que c'est exceptionnel: on a une crise causé par un mec paranoïaque car il devient impuissant et met ça sur le compte des Russes, on a une poisse absolument incroyable, une connerie hors normes dans bien des cas, une paranoïa de plus en plus forte traîté comme des gamineries. A la fin, la crise l'emporte et l'humanité est condamné... Sauf qu'un nazi, grâce à un programme vraissemblablement conçu pour eux, sauve le peu d'humanité possible afin qu'elle survive à l'holocauste nucléaire (non sans ravager le reste avec d'autres bombes nucléaires car on n'est plus à ça près).
Encore une fois, ce qui m'a frappé chez Kubrick, au delà des cadres magnifiques et qui sont quasiment des photographies, c'est la gestion du son notamment avec le bombardier principal. Soit on a un theme héroïque complètement ironique, soit une absence de son laissant place à une tension extrêmement forte dont on attend le dénouement qu'on devine absurde. C'est tellement bien foutu, incroyable.
Le nombre de sens de lectures de ce film est également une grosse qualité: tacle sur la guerre froide, les américains, les russes, les machines, le nucléaire (putain, le Docteur Folamour qui parle de centrales nucléaires dans les bunkers à la fin, j'étais mort), l'armée, l'humanité. Allez hop, tout ça s'est fait sniper.
Bref, du génie.