Comme toujours chez Kubrick, le film est un objet de dénonciation, et Dr Folamour n’échappe pas à cette règle. Bon inutile de rappeler l’histoire je pense, on la connait. Le film met en scène une série d’invraisemblances, aussi graves que comiques. Par ailleurs de superbes séquences sont à noter, comme la dernière, le premier dialogue entre le président et le russe bourré, ou bien même les scènes filmées dans l’avion, et les vues extérieures de celui-ci, bon sur la forme c’est vraiment impeccable, pour un film de 1963.
Puis un grand chapeau aux acteurs, et en particulier à l’inusable Peter Sellers, il m’avait déjà marqué dans Lolita là c’est aussi énorme, dans 3 rôles différents il est sublime à chaque fois, vraiment il excelle dans chacun de ses rôles c’est un pur régal que de le voir jouer, peut-être la plus grande satisfaction pour moi de ce film.
Sur le fond même du film, j’ai quelques doutes. Déjà la narration façon Kubrick, elle commence sérieusement à m’agacer. Cela me fait penser à Lolita : pourquoi avoir besoin de prendre dès le début un narrateur, s’il parle pendant 30 secondes, puis on ne le retrouve plus ? Alors soit il choisit de faire une fresque comme Barry Lyndon et là cela se révèle relativement utile, soit il l’abandonne, parce qu’ici ce n’est pas nécessaire. Enfin bon rappeler le contexte ne me semble pas vraiment indispensable. Franchement on peut s’en passer, choisir de mettre un « faux » personnage, dans un film comme celui-là, ne me parait pas judicieux.
Ensuite sur le titre même du film : pourquoi se nomme-t-il Dr Folamour ? Je veux dire le personnage en question n’apparait quasiment pas (et ne jouez pas avec les mots, je parle bien du personnage et non de l’acteur), et puis la dénonciation ne se porte pas exclusivement sur lui. Enfin soit j’ai mal compris le film soit il aurait mieux fallu l’appeler « Général Ripper », la gaffe part de lui à ce que je sache… Dr Folamour a « juste » cette magnifique idée de répondre à l’attaque par une bombe nucléaire qui détruit la Terre entière, enfin bon tout le film porte sur la décision de ce Ripper et puis sur cet avion avec les pauvres passagers qui vont penser bien faire en allant attaquer l’ennemi… Et bien sûr la discussion des dirigeants, mais là aussi Folamour n’apparait quasiment pas, c’est entre le président, le russe, et l’autre général. Le ridicule se situe là. Mais le Dr Folamour, lui, à part son air assez bizarre, ne subit pas tellement de dénonciation. Ce sont plutôt les militaires qui en prennent le plus… Le titre du film ne me parait pas vraiment pertinent. Et plus que le titre c’est le fait de tout centrer autour de lui, alors que ce n’est pas le cas.
Enfin bon après c’est bien, même si j’ai assez du mal avec ce genre d’humour, au contraire cela a plus tendance à m’affoler qu’à me faire rire (peut-être à part l’avant dernière scène qui est absolument hilarante où le capitaine de l’avion se retrouve sur la bombe nucléaire qui s’apprête à atterrir sur la base, vraiment réussi ce moment). Cela reste solide bien évidemment, bien fait, mais voilà j’ai toujours du mal avec les films de guerre (vous allez me dire que celui-là n’en est pas vraiment un…) et Dr Folamour ne fait pas exception.
Kubrick ne m’étonne plus, bien sûr le message est fort, mais je ne suis plus subjugué comme les premiers films que j’ai vus de lui (la force de l’habitude ?), dommage…
6/10.