Vu.
Le film s'ouvre par un gros plan sur Benjamin Braddock (Hoffman, sensationnel), avant que la caméra effectue un zoom arrière qui dévoile l'intérieur d'un avion et plusieurs rangées de personnes.
Le Lauréat est un film très centré sur son personnage principal, et pour cause, il apparait dans toutes les scènes. On découvre donc Benjamin comme quelqu'un de seul et qui doute de lui malgré les louanges qui lui sont adressées. Il est incertain sur son avenir, l'environnement extérieur lui parait peu familier - il n'y est pas à l'aise, il ne comprend pas vraiment ce qu'il s'y passe. Il semble rebuté par la socialisation, et pourtant il se laisse faire, il se laisse entrainer dans ce monde.
Le Lauréat montre l'évolution du personnage, qui prend petit à petit confiance en lui. Il va réussir à s'imposer face à ses envies, et à se créer ses propres convictions. L'amour y est pour quelque chose.
La première partie du film avec Benjamin en personnage perdu dans cette masse est pour moi la plus intéressante. On pense à Beckett, un peu à Blier dans sa bonne période ou à Serious Man des Coen. On est face à une écriture scénaristique et cinématographiques plutôt théâtrales, avec un comique de situation. La scène où Mme Robinson emmène Ben chez elle pour la première est un modèle d'intelligence d'écriture. Ben se laisse séduire contre son gré par Mme Robinson qui lui propose de coucher avec lui de façon implicite. Il lui fait remarquer de façon explicite qu'il n'est pas d'accord, et Mme Robinson rétorque alors qu'il en est rien, et Ben s'excuse de s'être trompé. Elle reverse la situation en lui disant que c'est lui qui pratique le sous entendu.
Dans la deuxième partie le personnage évolue, ce qui est au premier abord intéressant, mais paradoxalement cela nuit à l'originalité du film. On est plus dans le comique, mais dans l'histoire d'amour plus classique (même si ça reste original).
Le Lauréat reste un film audacieux, maitrisé et presque jouissif. Un mot sur la B.O. : exceptionnel.