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Liste des sujets

Aguirre, der Zorn Gottes

MrBlondin
MrBlondin
Niveau 10
28 mars 2016 à 00:57:34

Et contrairement à Fitzcarraldo on nage en plein trip (et même fin de trip), entre virée brute dans la forêt et psychédélisme acide appuyé par la BO de Popol Vuh.

Vomit-Crush
Vomit-Crush
Niveau 10
28 mars 2016 à 10:53:21

Effectivement y a un coté très descentes aux enfers et punition divine qui est palpable, qui donne un sentiment irréel, en dépit du style parfois très froid et clinique de Herzog sur certains plans. C'est pas par hasard que ça a (probablement?) influencé Apocalypse Now, tout aussi opaque et cauchemardesque.

EmileHirsch
EmileHirsch
Niveau 81
28 mars 2016 à 13:45:29

Oui l'influence est surement là mais j'ai grandement préféré Apocalypse Now qui, je trouve va bien plus au fond de son sujet. Et qui fonctionne tout simplement.

romanesco45
romanesco45
Niveau 9
13 décembre 2016 à 21:47:36

Le 10 avril 2013 à 19:52:40 bouboul a écrit :
Le truisme n’étant jamais qu’une évidence qui se sait évidence – donc vérité – il semble pertinent de débuter toute réflexion par cette forme de procédé littéraire. Car toute concaténation d’idées, dont le tout sculpte une réflexion, se doit d’intercaler dans ses interstices des liants suffisamment forts pour que la chaîne résiste aux ravages de la contradiction. En conséquence, commençons par en forger le premier maillon avec la plus évidente des lapalissades : la critique filmique, avant d’extraire du sujet le sens que son artiste a voulu lui donner – si tant est qu’il y en ait un – dessine en premier lieu sa propre interprétation qu’elle vient greffer sur l’œuvre comme si elle lui appartenait corps et âme. Autrement dit, la dernière valeur ajoutée dans le processus de création d’une œuvre d’art est celle du spectateur lui-même, qui dans un élan d’exaltation de sa propre capacité de questionnement viendra lui donner le dernier coup de marteau afin d’en faire un produit fini. Ceci implique qu’il n’y a d’art sans artiste évidemment, mais surtout qu’il n’y a d’art sans public, en ce sens que l’objet artistique, étant par essence un support de médiation entre émetteur et récepteur, ne peut communiquer sans la présence de ce dernier. Le récepteur est donc nécessaire pour qu’il y ait transmission du message, mais il est également suprême souverain dans la mesure où, le médium se voyant doté d’une nature abstraite, il en fait la compréhension qu’il souhaite. Il est le linguiste de sa propre pensée et questionnera les formes et les sons comme ses dispositions cognitives le lui dicteront.

Dès lors, il paraît vain de préciser que l’interprétation qui suit est probablement loin de l’idée que Werner Herzog se fait de son propre film, mais qu’en sa qualité d’idiome critique, cette exégèse cinématographique n’en est pas moins légitime.

« Aguirre, la colère de Dieu » ne contient pas le mot « Dieu » par occurrence. A dire vrai, il est imprégné de tout son être par la présence du divin. Ou plutôt, par le rapport communicationnel entre le Créateur et ses créatures. Ce rapport, c’est la manière dont les hommes arrangent l’espace vocationnel indéterminé qui est le leur, et dans lequel ils s’élancent pour déployer leur foi. Par quelles volitions l’homme va-t-il actualiser le souvenir de Dieu ?

L’auteur suisse Frithjof Schuon, distingue deux principes fondamentaux propres à tous les monothéismes constituant cette mise en relation avec l’Absolu. L’un que l’on qualifiera d’« ésotérique », l’autre d’ « éxoterique ». Le premier se définissant comme la Voie vécue par l’âme et la volonté, se reconnaît dans sa manière d’épurer la tradition religieuse pour revenir aux fondamentaux gnostiques ; à savoir la connaissance - par l’intelligence théomorphe immanente à l’être humain - du caractère Absolu et Illimité de Dieu. La seconde, sous la plume du métaphysicien se définit davantage comme la Voie vécue par la forme et la tradition, le salut par l’action, la règle comme base d’un mode de piété. Autrement dit, plutôt que d’accéder à Dieu par la voie verticale qui s’apparenterait à la contemplation libératrice de l’Immuable, l’ésotérisme choisit le matérialisme comme canal facilitant l’accès à la gnose et extrapole en traduisant l’abstraction divine par une codification concrète accessible à tous.
Parenthèse fermée, maintenant ses deux notions pleinement expliquées, lions-les à ce qu’elles concernent dans Aguirre.

Le film s’ouvre sur une longue scène hypnotique, montrant une troupe de conquistadors descendre littéralement du ciel, avec pour arrière-plan phonique, non pas une psalmodie grégorienne sophistiquée, mais une broderies de voix angéliques et ininterrompues confrontant dans l’immédiat, l’humain avec Dieu dans ce rapport de contemplation, cet abandon à toute la splendeur de la Création. Le Livre débute par le Commencement (La Génèse) qui voit l’homme envoyé sur la Terre après le pêché originel ; Aguirre, dans un tracé parallèle, s’ouvre également sur un passage du Ciel à la terre. Nous voilà donc projeter aux origines, alors que l’homme vide de tout dogme, nourrit un rapport ésotérique à Dieu, par la seule intuition de n’être qu’une part de la Réalité relative exclusive de la Réalité Absolue.

Très vite, un bruit de canon elliptique nous ramène dans une temporalité – le temps ayant son importance dans le film, j’y reviendrai par la suite – plus avancée, dans laquelle l’homme a troqué la vérité plénière et l’efficacité salvifique contre le matérialisme mondain et l’aveuglement passionnel. Le sens de la transcendance métaphysique des formes a déserté l’être humain pour trouver racine dans un exotérisme appelé Christianisme, encadré par toute une structure anthropologique aux codes bien définis.
Les principes de hiérarchies régissent l’ordre social, puisqu’aux côtés des soldats se trouvent d’une part les individus issus de la noblesse, et de l’autres, les esclaves autochtones réduit à l’état de chair à usage utile. Ainsi est représentée la perte de l’égalité de la valeur d’une vie humaine face à l’Absolu, qui se perpétue par la suite à travers divers tableaux dérisoires, tels que le non-sens absolu de transporter avec soi dans une expédition aussi périlleuse, deux voitures à bras au contenant dissonant par rapport à la diégèse étouffante dans laquelle ils se meuvent. C’est situé dans ce même réel diégétique, donc extrait de son contexte royal et luxueux habituel, que le sacre de Fernando de Guzman le faisant empereur de l’Eldorado, prend une tournure grotesque ; c’est dans ce climat de famine et de survie, que la satire s’élève d’un degré supplémentaire en offrant le triste spectacle de ce même empereur se goinfrer alors que ses hommes se meurent. La transposition de la structure catholico-monarchique dans un univers primitif permet un contraste déclencheur de l’ironie. Comme si un retour à l’état-nature était nécessaire pour démythifier l’ordre clérical.
Comment, le sens du sacré a-t-il pu se liquéfier de la sorte ?

Le pêché d’orgueil fut le germe de l’expulsion d’Adam et Eve du jardin D’Eden. Autrement dit, la colère de Dieu ne fut que la conséquence de la nature profondément vaniteuse de sa propre création. Aguirre alors, ne croit pas si bien dire lorsqu’il certifie « être la colère de Dieu ». Il ne l’est non pas en tant qu’il incarne, tel qu’il semble le croire dans un élan mégalomane, Dieu sur terre en personne, mais en tant que cause et conséquence de la colère de l’Eternel. Dès lors, la modification profonde du rapport à Dieu, de l’Origine aux temps nouveaux, semble trouver une explication toute tracée : l’Homme, en raison de son essence mégalomaniaque, de sa volonté de s’élever au niveau de Dieu – Dieu ne l’a-t-il pas créé à son image ? – finit par altérer peu à peu le sens des symboles, et en orienter sa mésinterprétation vers des substituts matériels entrant en conflit avec l’Essence première.
Cette vanité demeure omniprésente dans le métrage. Aguirre rêve de conquêtes, De Guzman se laisse berner par la flatterie, et le reste de la troupe ne rebrousse chemin à cause de promesses reluisantes. La promesse de l’El Dorado en fait partie, mais n’est qu’un moyen de ramener à l’homme ce qui appartient au Céleste par le fantasme du paradis terrestre.

Seul le temps, symbolisé par l’eau du fleuve qui se déverse sans répit, arrivera à bout de cette confrontation d’Egos. Rien n’y survit. Un radeau misérable jonché de corps pourfendu finira par conclure cette catharsis désabusée signée par un Werner Herzog au sommet de son art, dont l’ultime coup de génie aura probablement été de choisir Klaus Kinski pour incarner l’Orgueil, pour incarner « La Colère de Dieu ».

8,5/10

Quelle splendide critique de ce curieux film; tout y est, en dire plus seraient inutiles, en plus d'être incapable d'aller aussi haut. :bave:

daveuss
daveuss
Niveau 31
02 septembre 2019 à 09:14:40

Ce soir sur Arte.

MimosinLeRetour
MimosinLeRetour
Niveau 10
11 août 2022 à 10:27:26

Question, le film est bien en 4:3 ?
(Je viens de voir qu'il était sur yt, dans ce format)

EmileHirsch
EmileHirsch
Niveau 81
11 août 2022 à 17:07:57

Le 11 août 2022 à 10:27:26 :
Question, le film est bien en 4:3 ?
(Je viens de voir qu'il était sur yt, dans ce format)

Oui

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 16 mai 2023 à 11:33:18

Aguirre, la Colère de Dieu, c'est un peu l'allégorie d'un Célestin du XXI e siècle. Le Célestin n'y connait rien avec les femmes (mais prétendra toujours le contraire, malgré son manque évident d'expérience) et tente maladroitement de séduire le sexe féminin, sans grand succès. C'est normal, car il navigue en terres inconnues, mais peine, dans le même temps, à apprendre de ses erreurs. L'échec le mène à sa perte et aux portes maudites du 18-25, sans espoir de s'en libérer.

L'expédition d'Aguirre obéit, dans la forme, à ce même schéma. L'expédition menée par Pedro de Ursua a pour but de trouver la Cité d'Or, cité qu'ils n'ont jamais vu et dont ils ignorent la localisation exacte. L'entreprise est risquée, mais les hommes ont soif de richesses et de gloire (alors que le Célestin, lui, à soif d'autre chose). L'expédition s'annonce très vite comme un échec et les pertes sont déjà considérables.

La sagesse commande de faire demi-tour, mais la folie, l'obsession, ont déjà gagné le cœur de ces hommes, pauvres agneaux égarés que la Parole de Dieu ne saurait ramener sur le droit chemin. Il faut arrêter les frais, ne pas poursuivre vainement sa vie à la conquête de l'or. Qu'importe, Aguirre continue indirectement de diriger cette expédition, qui ne peut s'achever que par un succès, selon lui. L'échec n'est pas envisageable.

Réalité et Mort se confondent, se brouillent, pour les aventuriers de la Cité d'Or. La caméra de Herzog filme l'ensemble comme un reportage, comme si tout était réel, avait vraiment lieu, renforçant encore plus l'impact de certaines scènes. De la quasi-totalité des scènes, en fait. Non, du film dans son entier.

C'est trop crédible, à tel point que le spectateur que je suis ne peut s'empêcher de verser une larme, arrachée par l'oignon que je découpais à ce moment là, à la vue de ce cheval abandonnée dans la jungle par Aguirre et ses hommes. Leur humanité se consume définitivement, ainsi que l'espoir d'une réussite, même minime.

Le reste n'est qu'une lente descente aux Enfers dans la folie et la mort, dans le désespoir et l'incompréhension. L'échec était prévisible, depuis le début, seules les conditions étaient inconnues, à découvrir. Une tragédie, filmée d'une main de maître, qui marque autant qu'elle désespère, comme un rappel de ce que l'homme peut accomplir de pire et d'inutile.

Comme le Célestin mentionné plus haut, ses entreprises amoureuses sont elles aussi vouées à l'échec.

PS : Du coup, j'ai kiffé. J'avais beaucoup aimé, dans le même genre, The Lost City of Z. Mais je pense mettre sans pression Aguirre dans mon TOP 50, si un jour je me motive à faire un tel TOP...

EmileHirsch
EmileHirsch
Niveau 81
16 mai 2023 à 14:15:26

Faut regarder Fitzcarraldo maintenant :ok:

MannyCalatrava
MannyCalatrava
Niveau 20
16 mai 2023 à 14:39:10

Si c'est pour faire des parallèles avec les célestins et surtout avec le déchet Gray qui au contraire arrive à faire l'exact inverse partant d'un sujet similaire, à cause de sa propre propension à projeter ses réflexes de victime sur ses personnages, c'est peut-être pas la peine de s'infliger Fitzcarraldo et de mal comprendre deux films plutôt qu'un.

Cliczlpbroum
Cliczlpbroum
Niveau 21
16 mai 2023 à 15:21:41

Le 16 mai 2023 à 14:39:10 :
Si c'est pour faire des parallèles avec les célestins et surtout avec le déchet Gray qui au contraire arrive à faire l'exact inverse partant d'un sujet similaire, à cause de sa propre propension à projeter ses réflexes de victime sur ses personnages, c'est peut-être pas la peine de s'infliger Fitzcarraldo et de mal comprendre deux films plutôt qu'un.

+1

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 16 mai 2023 à 15:35:00

Mes évaluations n'ont nullement l'intention de montrer ma compréhension, ou mon incompréhension, d'un film. Elles sont avant tout rédigées dans le cadre d'un plaisir purement solitaire, que j'ai coutume de qualifier d'exercice de style, permettant, en prime, de remettre en lumière certains films oubliés du forum Cinéma avec, à la clé, une potentielle discussion entre forumeurs distingués.

Manquerait plus que je me prenne au sérieux quand j'écris mes évaluations, ben voyons.

MannyCalatrava
MannyCalatrava
Niveau 20
16 mai 2023 à 15:38:07

Faut savoir, c'est une branlette ou une invitation ? Tu dis les deux.

Mais je pige honnêtement pas comment on peut voir une perspective commune entre ce que veut faire Gray d'une histoire d'exploration et ce que t'as vu chez Herzog, à part le fait qu'il y a des fougères.

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