Pouet.
Bon ben moi je vais mater Hitler´s Madman de Douglas Sirk au ciné-club de la 3.
Hitler’s Madman (1943) de Douglas Sirk
Reinhardt Heydrich, gouverneur du Reich en Tchécoslovaquie, est abattu par deux résistants tchèques. Himmler, dont Heydrich était le bras droit, ordonne en représailles l’extermination de l’ensemble de la population d’un petit village. Il est tentant de réduire le cinéma de Douglas Sirk au mélodrame flamboyant en raison des œuvres magistrales qu’il nous a léguées dans ce domaine à partir du Secret magnifique (1954). Pourtant, le cinéaste, qui avait débuté comme metteur en scène au théâtre, avait touché à plusieurs genres, dont le thriller - avec une certaine maîtrise -, le film musical et même le western. Heydrich, « protecteur du Reich » en en Bohême et en Moravie, est assassiné en mai 1942. Deux productions hollywoodiennes, tournées avec peu de moyens mais avec une grande célérité, vont utiliser ce fait de résistance afin de soutenir l’effort de guerre : en avril 1943 sort Les Bourreaux meurent aussi de Fritz Lang, suivi par cet Hitler’s Madman de Sirk en juin (lors d’une Première). Ce dernier pâtit de la concurrence du film de Lang et disparaît progressivement des mémoires face à son illustre aîné (de très peu). Pourtant, bien que film de propagande parfaitement calibré et peut-être tributaire d’erreurs historiques en raison de sa quasi simultanéité avec les faits eux-mêmes, Hitler’s Madman se révèle comme un film intéressant à plus d’un titre. Déjà parce que le cinéaste avait travaillé sous le joug nazi jusqu’à l’année 1937 et connaissait parfaitement son sujet ; la biographie Sirk by Sirk précise même que Sirk avait rencontré Heydrich lors d’une réception en 1930 (il serait utile de s’interroger sur la raison de son départ retardé de l’Allemagne pour les Etats-Unis alors que l’homme est connu pour avoir été antinazi, mais c’est un long débat que l’on ne peut tenir dans ce cours article). Ensuite et surtout parce que l’art subtil de Douglas Sirk (alias Detlef Sierck) est déjà en gestation ici. L’histoire du film suit son cours avec une réelle fluidité mais ne sacrifie pas trop à la belle mécanique de ce type de production. La réalisation donne au contraire de l’ampleur à la destinée confuse de tous ces personnages traversant la grande Histoire dans l’urgence ; par petites touches sensibles et grâce à un soin particulier dans la caractérisation psychologique, elle apporte une dimension dramatique qui confine à la fable sociale et dépasse le cadre du simple film de propagande pour embrasser la tragédie humaine dans tous ses aspects. Hitlers’ Madman, premier film américain de Douglas Sirk, est une œuvre puissante dans sa représentation (très dure, mais presque anti-spectaculaire) de l’oppression nazie et de la folie humaine (John Carradine et Howard, Freeman jouant respectivement Heydrich et Himmler, sont aussi convaincants qu’effroyablement inquiétants et violents). Les dernières séquences du film demeurent inoubliables. Hitler´s Madman, qui devait ouvir le cycle Douglas Sirk du Cinéma de Minuit, avait été déprogrammé en octobre dernier.
France 3 : Dimanche 20 novembre à 00.05