Oh fuck, j'arrête à 2450 :
Après L’Ecole de la Camorra et ses enfants criminels, Nico Di Biase s’attaque à un autre sujet sensible, celui de l’infanticide. Pour cela, c’est au sein d’un hopital psychiatrique judiciaire, situé au beau milieu de la campagne italienne, qu’il pose sa caméra mais surtout son oreille. Car Le Sang Noir de Médée est à l’écoute de ses “protagonistes”, des femmes aussi meurtrières que meurtries, refusant leur maternité et se sentant incapables d’être mères. Elles s’y dévoilent intimement,sans aucun tabou, en faisant preuve d’une surprenante lucidité sur l'acte qui les a conduit là. Acte qu'on aurait trop facilement tendance à qualifier de monstrueux alors qu'il est avant tout désespéré, le résultat d'un passé douloureux et de l'accumulation de frustrations, familiales ou sociales, dont elles ont été victimes.
Ces Médée modernes sont ici au nombre de deux. L'une, Stefania, a mis son nouveau né dans un sac suite à un déni de grossesse, l'autre, Giuliana, l'a défenestré. Difficile d'imaginer ces deux femmes capables de commettre de telles horreurs lorsqu'on les voit s'épanouir un pinceau à la main, plaquant leur psyché sur une large toile. La thérapie par l'art leur permet de s'exprimer plus facilement qu'avec des mots, chaque trait, chaque forme, chaque couleur étant l'occasion d'extérioriser une part d'elles-mêmes bien précise. La peinture et le dessin se font alors catharsis et facilitent la compréhension que les médecins peuvent avoir d’elles. C’est au travers de leurs oeuvres, souvent abstraites, que Stefania et Giuliana regagnent petit à petit confiance en elle, prouvant par la même occasion qu’elles peuvent presque s’émanciper du centre et redevenir libres.
Si l’on évoque Médée, ce n’est pas uniquement pour l’infanticide en lui-même mais parce que tout comme la célèbre prêtresse de la mythologie grecque, leur souffrance les a conduit à reporter sur l’enfant, plus faible, la haine qu’elles avaient d’elles mais surtout de leur compagnon.
Le documentaire s’attache également à montrer le fonctionnement de ce type d’institution, et plus particulièrement la manière dont les différents spécialistes encadrent les “malades”: analyses détaillées et psychanalytiques de dessins, véritables réceptacles à angoisses et fantasmes, longues conversations enregistrées... tout cela n’ayant en fait qu’un seul but, cerner ce monstre qui sommeille en chacun d’entre nous, en attente de l’élément déclencheur qui saura le réveiller.
(plus ça va, moins je me fais chier, j'ai hâte de voir mes chroniques de juillet)