« Le corps est comparable à une phrase qui consiste à être désarticulé, pour que se recomposent à travers une série de signes sans fin ses contenus véritables »
C’est par cette citation d’Hans Bellmer, artiste majeur du mouvement surréaliste, que s’ouvre le film ; véritable note d’intention, tant sur le fond que sur la forme, d’un documentaire singulier dont la progression narrative basée sur l’association d’idées et d’images n’est pas la moindre de ses qualités .
Après les ravages du conflit serbo-croate et les cendres du 11 septembre, Radovan Tadic confronte Orient et Occident en faisant le choix de l’approche structuraliste chère à Roland Barthes. C’est par le biais de faits à priori sans relation que le réalisateur va progressivement tisser un réseau de pistes s’entrecroisant ou se chevauchant, et qui prennent racine dans des domaines aussi variés que différents. De l’espionnage soviétique post-guerre froide à la conception du Shinkansen et son profil aérodynamique basé sur le physique de l'ornithorynque , chacun y est traité sous plusieurs angle, psychanalytiques, théologique ou métaphysique, pour mieux en cerner toutes les facettes. Mais plutôt que de céder à l’abstraction la plus totale, c’est par une avalanche d’exemples concrets, souvent cocasses, toujours fascinants, que le propos prend forme. Evoquée à plusieurs reprises comme nécessaire à l’équilibre du monde, la dualité qui le sépare en deux (amour et haine, réalité et fantaisie, ombre et lumière) se voit ainsi explicitée à l’écran par une visite à Greenwich, là où la ligne temporelle imaginaire trouve son origine.
Si les « petits morceaux choisis » sont plus que délectables, c'est aussi grâce aux personnalités hors-normes qui les habitent. En sus des spécialistes incontournables, médecins et psychanalystes, on retiendra notamment une maîtresse dominatrice et ses relations avec la gente masculine ou encore l'évocation de l'anthropophagie par un de ses aficionados les plus connus : Issei Sagawa, le 'japonais cannibale' responsable de l'ingestion d'une étudiante néerlandaise au début des années 80. Ainsi, d'intervenants en intervenants, de faits en images, l'étude sémiologiques de toutes les idées évoquées modèle fait que l'on trouve qu'ils sont attachants, tant sur l'approche topologique que sur la naturalité engendrée par ce microcosme qui est très joli.
Et si aux multitudes de pistes lancées Radovan Tadic n’apporte pas vraiment de réponses, c’est avant tout parce qu’il préfère regarder la saison 5 de The Wire sur un grand écran.