Pardon...
Dog Day Afternoon.
Réalisation : Sidney Lumet. 1975
Scénario : Frank Pierson. D’après l’article de P.F. Kluge, The boys in the Bank, paru dans LIFE le 22 septembre 1972.
Distribution : Al Pacino (Sonny), John Cazale (Sal), Charles Durning (Sergent Moretti), James Broderick (1er Agent FBI Sheldon), Lance Henriksen (2e Agent FBI Murphy), Chris Sarandon (femme, de Sonny, Leon).
Dog Day Afternoon raconte l’histoire d’une prise d’otage faisant suite à un braquage de banque raté qui s’est déroulé le 22 août 1972 à Brooklyn, New-York, lors d’un après-midi caniculaire, comme l’indique le titre.
John Stanley Wojtowicz (joué par Al Pacino dans le rôle de Sonny), âgé de 27 ans, marié à une femme et père de deux enfants, a l’idée de braquer une banque pour financer l’opération de changement de sexe de son autre femme, Ernest Aron (joué par Chris Sarandon dans le rôle de Leon). Il est accompagné par Salvatore Antonio Naturale (joué par John Cazale dans le rôle de Sal), alors âgé de 18 ans. Malheureusement le butin est beaucoup plus maigre que prévu et la banque est très vite encerclée de voitures de polices et de dizaines de policiers. Après de longues négociations dans la rue entre John Wojtowicz et le Chef de Police détective Louis C. Cotell (joué par Charles Durning dans le rôle du Sergent Moretti), les deux braqueurs réussissent à avoir une voiture (conduite par l’agent Murphy, dont les passagers sont les otages et les deux braqueurs) pour les conduire à l’aéroport et quitter le pays en avion. Arrivé sur place, l’agent Murphy, à l’aide de l’agent Richard Baker (joué par James Broderick dans le rôle de l’agent du FBI, Sheldon) tue d’une balle Salvatore et arrête John. Ce dernier sera condamné à 20 ans d’emprisonnement, mais sortira au bout de 6 ans. Il meurt en 2006. Ernest Aron changera de sexe pour devenir une femme, et mourra du SIDA.
Si ce scénario ne présente rien d’original – si ce n’est ce qui a poussé John à réaliser ce braquage –, c’est dans l’appropriation de ce fait divers par la télévision, les différentes associations gays, la foule, l’entourage de John et les otages eux-mêmes qu’il faut se tourner. Presque à aucun moment, une fois amorcé, ce braquage ne sera pris au sérieux par ceux-là. Robert Barett (joué par Sully Boyar dans le rôle du directeur de banque Mulvany) aurait même dit aux deux braqueurs « I’m supposed to hate you guys, but I’ve had more laughs tonight than I’ve had in weeks », et Shirley Bell (jouée par Penelope Allen dans le rôle de l’employée Sylvia) confiera « If they had been my houseguests on a saturday night, it would have been hilarious. »
Pendant tout le temps de la négociation, Sonny s’adonnera à un spectacle de rue interactif, mêlant médias, questions culturelles, politiques et sociales – très souvent hors propos – dans lequel il sera parfois dépassé. Cependant, ce sera lui qui donnera le ton en premier, d’abord en coulisse :
« Mulvany. – If you take anybody... please take me.
Sonny. – They’ll shoot you, you know ? The cops, they don’t give a fuck about your bank insurance. See what they did in Attica ? 42 peoples, they killed. The innocents with the guilty. Anyway, I won’t take you with me. I’ll take one of the girls, a married one with some kids. Cops don’t like it in the papers when they shoot a married woman, specialy if she got kids. »
Puis lors de sa première apparition dans la rue, qui donnera lieu à une scène mythique du cinéma, où Al Pacino improvise (comme l’a demandé Sidney Lumet aux acteurs) son « Attica ! » qui déchainera la foule :
« Sonny (pointant du doigt les policiers qui le braquent). – Why are they moving in for ?!
Moretti (aux policiers). – Will you get the fuck back there ? Get over there !
Sonny (à un policier). – Go on back there, man ! He wants to kill me so bad !
Mulvany. – No one’s going to kill anybody.
Sonny. – ATTICA ! ATTICA ! ATTICA ! ATTICA ! Remember Attica ?! Without the TV guys, they’d kill us all ! »
A partir de ce moment, Sonny s’est mis la foule de son côté et elle ne cessera pas d’intervenir. Quand il sortira de la banque, à plusieurs reprises, la foule criera son nom ; quand le sergent Moretti appellera : « Sonny, come on out ! » avec son dictaphone, ils répèteront « Sonny, come on out ! » ; lorsque Sonny se fera livrer en main propre par un jeune livreur de pizza, ce dernier, très excité, tapera amicalement sur l’épaule de Sonny, et criera « I’m a fucking star ! » ; ou encore, lorsque l’agent Sheldon se fait fouiller dans la rue par Sonny, la foule ne manquera pas de siffler, de crier, pour s’amuser de l’opportunité du braqueur à palper l’agent, compte tenu de son homosexualité récemment dévoilée. En bref, le personnage de Sonny n’est pas perçu comme un criminel pour la foule, simplement comme une distraction donnant lieu à des sympathies superficielles, et à un prétexte pour la cause gay.
La famille non plus ne considèrera pas l’ampleur de la situation. Le père, se confondant avec son fauteuil, ne semble pas du tout étonné de voir à la télévision des images prises d’un hélicoptère montrant son fils se donnant en spectacle dans la rue. D’un air désabusé, ces seuls mots sortiront de sa bouche : « Robbing a bank... ». Sa sœur, toute excitée : « Unbelievable. » Quant à sa mère, elle dira en sanglotant : « Why did he tell me he needed money ? He should have come to me if he needed money... ». Mais c’est quand elle se rend sur les lieux, parlant à son fils devant la banque, qu’elle montre le mieux que l’ampleur de la situation lui échappe :
« I talked to the man from the FBI. And he says if you come out now, everyhing is going to be allright ! I told them everything... how you were in the war in Vietnam, I told you always had good jobs. The FBI understand everything, that it is not you that doing this. It’s the pressure from your home life. »
Mais c’est véritablement la télévision qui désacralisera cette vision de violence criminelle que devrait normalement évoquer une prise d’otages. Ainsi, pendant que Sonny est dehors en train de négocier avec le Sergent Moretti, l’employée de banque Sylvia (toujours tenue en otage par les deux braqueurs) se fait interviewer par un groupe de journalistes perché au-dessus d’elle dans l’escalier de secours, puis salue la foule avant de retourner dans la banque, en s’empressant de dire à ses collègues : « Girls, I was interviewed ! » Plus étonnant encore, Sonny se voit ensuite être interviewé à son tour, au téléphone, par une émission de télévision. L’interview tourne en confidences, concernant les motivations de Sonny et sa condition sociale ; Sonny est désormais officiellement une personnalité télévisuelle, plus qu’un braqueur – qu’il n’aura été que quelques instants. Juste après l’entretien, on entend, provenant de la télévision, la musique de dessins-animés de Warner Bros. Un spectacle remplacé par un autre.
« TV. – Why are you doing this ?
Sonny. – Why ? I don’t know what you mean by that. I’m robbing a bank cause they got money here.
TV. – No, but, what I mean is why do you feel you have to steal for money ? Couldn’t you get a job ?
Sonny. – Huh, no. Doing what ? You know, if you want a job, you got to be a member of a union. See, if you got no union card, you don’t get a job.
TV. – What about non-union job ?
Sonny (se retournant vers les employées). – What’s wrong with this guy ? What do you mean non-union ? Like what ? A bank teller ? (à nouveau vers les employées) You know how much a bank teller makes a week ?
Les employées. – Not much.
Sonny. – Not much. $115 to start, right ? You can live on that ? I got a wife and kids. How am I to live on that ? Hum... How do YOU make a week ?
TV. – I’m here to talk to YOU, Sonny.
Sonny. – No... I’m talking to you ! We’re entertainment, right ? What do you got for us ? »
Plus tard, la télévision continuera son intrusion en informant le téléspectateur que Sonny s’est marié avec un homme, sans omettre aucun détail qu’elle vient d’apprendre ; c’est même le détail anecdotique qui sera la meilleure consistance de ces révélations, dont les mouvements gays s’empareront.
« TV. – Police are questionning Leon Schermer, a 26-year-old admitted homosexual who claims to have been married to one of the bank robbers last november. 7 bridesmaids, all male, Sonny’s mother and 70 other guests, all member of the gay community, where presents.
We’ve been able to obtain a still photograph of Leon in his gown... Leon has confirmed that the gowns for himself and his bridesmaids cost $700. »
Tandis qu’une association gay réagit négativement à ce mariage, qu’elle considère comme « A case of sheer exhibionism » comme aurait pu le dire un groupe homophile, d’autres groupes réagissent tout à fait favorablement, brandissant, dans la foule, pancartes avec écrit « We love you Sonny », et scandant, alors que Sonny pourrait se demander s’il va sortir vivant de cette affaire, « Out the closet and into streets ! » ou « Sonny all the way ! »
De second plan auquel elle est passée depuis un moment, la prise d’otage passe en toile de fond, avec en premier plan Sonny, et tout ce qu’on veut qu’il représente – en l’occurrence un symbole pour des groupes gay. Et si Sonny ne se sent ni concerné ni touché par le pouvoir de la télévision ou les faveurs de la foule, Sal, lui, avec son long fusil à la main, s’inquiète de l’appropriation de l’affaire par la télévision :
« TV. – (...) Coverage of the robbery where two ho-mosexuals hold hostages for their demands of a helicopter, a jet...
Sal. – Sonny, they said on the TV "two homo-sexuals in the bank", right now ! You hear ? (...) I’m not a homosexual ! Tell them to get that right, that going out on the TV ! »
Si ce (trop) vif enthousiasme (et rejet) de la communauté homosexuelle peut paraître démesuré, il est à rappeler que l’évènement s’est produit à une époque importante pour les droits homosexuels. En 1950 est constituée la Mattachine Society, premier groupe homophile des Etats-Unis. Les homophiles sont parti du constat que la principale cause des discriminations envers les homosexuels par le gouvernement et la population est due à son ignorance envers cette communauté. Ainsi, l’homosexualité, à travers les préjugés, la mauvaise information, et les stéréotypes dégradants, pouvait être vue comme un milieu de prostitution, de corruption, de débauche, d’hommes efféminés et de femmes masculines. Pour lutter contre cette discrimination, et dans l’objectif principal de s’intégrer au mieux, les homophiles rejetèrent le militantisme radical et la clandestinité, la subculture et l’efféminement, et s’alignèrent sur « un type de comportement que la société dans son ensemble puisse accepter, compatible avec les institutions les plus généralement reconnues, telles que le foyer, l’Eglise, ou l’Etat ». Cette vision ne sera que moyennement partagée par la suite. En 1969, le mouvement politique Gay Liberation Front (GLF) est formé à New York ; rencontre du milieu gay et de la culture politique radicale de la New Left. Ce mouvement est constitué après l’affaire Stonewall : un raid de police dans le bar gay Stonewall Inn à New York. Mais plus qu’un mouvement simplement gay, il est aussi contre l’ordre politico-social de l’après-guerre. En 1970 a lieu la première Gay Pride, au Greenwich Village, New York, où la GLF et d’autres groupes défilèrent, commémorant les émeutes de Stonewall, et luttant contre les discriminations envers la communauté gay. Quant au changement de sexe, cette pratique commençait à être "courante" déjà dans les années 70, mais le premier homme à avoir subi une opération de changement de sexe est Christine Jorgensen, dans les années 50.
Dog Day Afternoon se passe deux ans après la première Gay Pride, au cœur de l’engagement homosexuel, dans la ville de New York, après l’homophilie des années 50, pendant l’engagement politique homosexuel des années 70, et avant l’activisme, le "Coming Out", la provocation, l’affirmation et la revendication de soi de la fin des années 70. Al Pacino a cependant été la première star hollywoodienne à jouer ouvertement et sans ambiguïté un homosexuel et à déclarer son amour pour un autre homme.
« To my darling wife, Leon, who I love more than any man has loved another man until the eternity, I leave $2700 to be used for your sex-changed operation. »
Quel gratte papier ce JacksonPollock
!
Vu ce film aujourd'hui, j'ai vraiment trouvé ça bien. Je trouve que les personnages étaient particulièrement bien traités, et en profondeur, de par leur écriture appliquée et leur interprétation sans fautes. Les différents groupes sociaux évoqués par les badauds qui se massent aux abords de la banque, les différentes postures des otages, leurs caractères bien distincts et qui ont un air de réalité saisissant (les secrétaires/préposées, avec leurs mimiques, leur manière de jouer si spontanée et crédible pour certaines les timides, pour d'autres les femmes émancipées, un autre vieux jeu qui ronchonne pour le F-Word). Que ce soit le jeune braqueur apeuré qui abandonne ses camarades dès le début, le gardien de sécurité (:hap:), le manager de la banque... Sal, Sonny, ou même sa famille. Tous ont cette dimension profondément véritable. Un vrai portraits d'êtres humains, tiraillés par leurs problèmes et leur complexité.
Oui à ce film.
Oui.
Oui ![]()
Vu hier, en vf mais l'effet est quand-même saisissant grâce aux acteurs en particulier à Pacino.
Il arrive à rendre son histoire touchante avec son Amant qui veut se faire opèrer sans rentrer dans le ridicule, Lumet à fait un superbe boulot sur ça.
En 1975!
Je préfère Serpico mais les deux sont excellents
Ravi que tu aies aimé Broula ![]()
JacksonPollock, le bon temps où je venais de débarquer ici ![]()
![]()
Will ![]()
Ce come-back. ![]()
Ce film. ![]()
Bill, tu ét-ais (:hap:) JacksonPollock
?!
J'attendais beaucoup de ce film et j'ai été plutot décu. Le scenario et le début sont très prometteurs mais je ne comprends pas le déroulement du braquage et surtout la passivité de la police. Ils ont 100 fois l'occasion de le coffrer, ca manque de réalisme. Ils entendent un coup de feu, personne ne se demande s'il y a un mort ou blessé...
Attica !
Dog Day Afternoon raconte l’histoire d’une prise d’otage faisant suite à un braquage de banque raté qui s’est déroulé le 22 août 1972 à Brooklyn, New-York, lors d’un après-midi caniculaire, comme l’indique le titre. John Stanley Wojtowicz (joué par Al Pacino dans le rôle de Sonny), âgé de 27 ans, marié à une femme et père de deux enfants, a l’idée de braquer une banque pour financer l’opération de changement de sexe de son autre femme, Ernest Aron (joué par Chris Sarandon dans le rôle de Leon). Il est accompagné par Salvatore Antonio Naturale (joué par John Cazale dans le rôle de Sal), alors âgé de 18 ans. Malheureusement le butin est beaucoup plus maigre que prévu et la banque est très vite encerclée de voitures de polices et de dizaines de policiers. Après de longues négociations dans la rue entre John Wojtowicz et le Chef de Police détective Louis C. Cotell (joué par Charles Durning dans le rôle du Sergent Moretti), les deux braqueurs réussissent à avoir une voiture (conduite par l’agent Murphy, dont les passagers sont les otages et les deux braqueurs) pour les conduire à l’aéroport et quitter le pays en avion. Arrivé sur place, l’agent Murphy, à l’aide de l’agent Richard Baker (joué par James Broderick dans le rôle de l’agent du FBI, Sheldon) tue d’une balle Salvatore et arrête John. Ce dernier sera condamné à 20 ans d’emprisonnement, mais sortira au bout de 6 ans. Il meurt en 2006. Ernest Aron changera de sexe pour devenir une femme, et mourra du SIDA.
Si ce scénario ne présente rien d’original – si ce n’est ce qui a poussé John à réaliser ce braquage –, c’est dans l’appropriation de ce fait divers par la télévision, les différentes associations gays, la foule, l’entourage de John et les otages eux-mêmes qu’il faut se tourner. Presque à aucun moment, une fois amorcé, ce braquage ne sera pris au sérieux par ceux-là. Robert Barett (joué par Sully Boyar dans le rôle du directeur de banque Mulvany) aurait même dit aux deux braqueurs « I’m supposed to hate you guys, but I’ve had more laughs tonight than I’ve had in weeks », et Shirley Bell (jouée par Penelope Allen dans le rôle de l’employée Sylvia) confiera « If they had been my houseguests on a saturday night, it would have been hilarious. »
Pendant tout le temps de la négociation, Sonny s’adonnera à un spectacle de rue interactif, mêlant médias, questions culturelles, politiques et sociales – très souvent hors propos – dans lequel il sera parfois dépassé. Cependant, ce sera lui qui donnera le ton en premier, d’abord en coulisse :
— If you take anybody... please take me.
— They’ll shoot you, you know ? The cops, they don’t give a fuck about your bank insurance. See what they did in Attica ? 42 peoples, they killed. The innocents with the guilty. Anyway, I won’t take you with me. I’ll take one of the girls, a married one with some kids. Cops don’t like it in the papers when they shoot a married woman, specialy if she got kids.
Puis lors de sa première apparition dans la rue, qui donnera lieu à une scène mythique du cinéma, où Al Pacino improvise (comme l’a demandé Sidney Lumet aux acteurs) son « Attica ! » qui déchainera la foule :
— Sonny (pointant du doigt les policiers qui le braquent). – Why are they moving in for ?!
— (Aux policiers)Will you get the fuck back there ? Get over there ! Sonny (à un policier).
— Go on back there, man ! He wants to kill me so bad !
— No one’s going to kill anybody.
— ATTICA ! ATTICA ! ATTICA ! ATTICA ! Remember Attica ?! Without the TV guys, they’d kill us all !
A partir de ce moment, Sonny s’est mis la foule de son côté et elle ne cessera pas d’intervenir. Quand il sortira de la banque, à plusieurs reprises, la foule criera son nom ; quand le sergent Moretti appellera : « Sonny, come on out ! » avec son dictaphone, ils répèteront « Sonny, come on out ! » ; lorsque Sonny se fera livrer en main propre par un jeune livreur de pizza, ce dernier, très excité, tapera amicalement sur l’épaule de Sonny, et criera « I’m a fucking star ! » ; ou encore, lorsque l’agent Sheldon se fait fouiller dans la rue par Sonny, la foule ne manquera pas de siffler, de crier, pour s’amuser de l’opportunité du braqueur à palper l’agent, compte tenu de son homosexualité récemment dévoilée. En bref, le personnage de Sonny n’est pas perçu comme un criminel pour la foule, simplement comme une distraction donnant lieu à des sympathies superficielles, et à un prétexte pour la cause gay.
La famille non plus ne considèrera pas l’ampleur de la situation. Le père, se confondant avec son fauteuil, ne semble pas du tout étonné de voir à la télévision des images prises d’un hélicoptère montrant son fils se donnant en spectacle dans la rue. D’un air désabusé, ces seuls mots sortiront de sa bouche : « Robbing a bank... ». Sa sœur, toute excitée : « Unbelievable. » Quant à sa mère, elle dira en sanglotant : « Why did he tell me he needed money ? He should have come to me if he needed money... ». Mais c’est quand elle se rend sur les lieux, parlant à son fils devant la banque, qu’elle montre le mieux que l’ampleur de la situation lui échappe :
« I talked to the man from the FBI. And he says if you come out now, everyhing is going to be allright ! I told them everything... how you were in the war in Vietnam, I told you always had good jobs. The FBI understand everything, that it is not you that doing this. It’s the pressure from your home life. »
Mais c’est véritablement la télévision qui désacralisera cette vision de violence criminelle que devrait normalement évoquer une prise d’otages. Ainsi, pendant que Sonny est dehors en train de négocier avec le Sergent Moretti, l’employée de banque Sylvia (toujours tenue en otage par les deux braqueurs) se fait interviewer par un groupe de journalistes perché au-dessus d’elle dans l’escalier de secours, puis salue la foule avant de retourner dans la banque, en s’empressant de dire à ses collègues : « Girls, I was interviewed ! » Plus étonnant encore, Sonny se voit ensuite être interviewé à son tour, au téléphone, par une émission de télévision. L’interview tourne en confidences, concernant les motivations de Sonny et sa condition sociale ; Sonny est désormais officiellement une personnalité télévisuelle, plus qu’un braqueur – qu’il n’aura été que quelques instants. Juste après l’entretien, on entend, provenant de la télévision, la musique de dessins-animés de Warner Bros. Un spectacle remplacé par un autre.
— Why are you doing this ?
— Why ? I don’t know what you mean by that. I’m robbing a bank cause they got money here.
— No, but, what I mean is why do you feel you have to steal for money ? Couldn’t you get a job ?
— Huh, no. Doing what ? You know, if you want a job, you got to be a member of a union. See, if you got no union card, you don’t get a job.
— What about non-union job ?
— (Se retournant vers les employées) What’s wrong with this guy ? What do you mean non-union ? Like what ? A bank teller ? (à nouveau vers les employées) You know how much a bank teller makes a week ?
— Not much.
— Not much. $115 to start, right ? You can live on that ? I got a wife and kids. How am I to live on that ? Hum... How do YOU make a week ?
— I’m here to talk to YOU, Sonny.
— No... I’m talking to you ! We’re entertainment, right ? What do you got for us?
Plus tard, la télévision continuera son intrusion en informant le téléspectateur que Sonny s’est marié avec un homme, sans omettre aucun détail qu’elle vient d’apprendre ; c’est même le détail anecdotique qui sera la meilleure consistance de ces révélations, dont les mouvements gays s’empareront.
« Police are questionning Leon Schermer, a 26-year-old admitted homosexual who claims to have been married to one of the bank robbers last november. 7 bridesmaids, all male, Sonny’s mother and 70 other guests, all member of the gay community, where presents. We’ve been able to obtain a still photograph of Leon in his gown... Leon has confirmed that the gowns for himself and his bridesmaids cost $700. »
Tandis qu’une association gay réagit négativement à ce mariage, qu’elle considère comme « A case of sheer exhibionism » comme aurait pu le dire un groupe homophile, d’autres groupes réagissent tout à fait favorablement, brandissant, dans la foule, pancartes avec écrit « We love you Sonny », et scandant, alors que Sonny pourrait se demander s’il va sortir vivant de cette affaire, « Out the closet and into streets ! » ou « Sonny all the way ! »
De second plan auquel elle est passée depuis un moment, la prise d’otage passe en toile de fond, avec en premier plan Sonny, et tout ce qu’on veut qu’il représente — en l’occurrence un symbole pour des groupes gay. Et si Sonny ne se sent ni concerné ni touché par le pouvoir de la télévision ou les faveurs de la foule, Sal, lui, avec son long fusil à la main, s’inquiète de l’appropriation de l’affaire par la télévision :
« Coverage of the robbery where two homosexuals hold hostages for their demands of a helicopter, a jet...
— Sonny, they said on the TV "two homosexuals in the bank", right now ! You hear ? (...) I’m not a homosexual ! Tell them to get that right, that going out on the TV ! »
Si ce (trop) vif enthousiasme (et rejet) de la communauté homosexuelle peut paraître démesuré, il est à rappeler que l’évènement s’est produit à une époque importante pour les droits homosexuels. En 1950 est constituée la Mattachine Society, premier groupe homophile des Etats-Unis. Les homophiles sont parti du constat que la principale cause des discriminations envers les homosexuels par le gouvernement et la population est due à son ignorance envers cette communauté. Ainsi, l’homosexualité, à travers les préjugés, la mauvaise information, et les stéréotypes dégradants, pouvait être vue comme un milieu de prostitution, de corruption, de débauche, d’hommes efféminés et de femmes masculines. Pour lutter contre cette discrimination, et dans l’objectif principal de s’intégrer au mieux, les homophiles rejetèrent le militantisme radical et la clandestinité, la subculture et l’efféminement, et s’alignèrent sur « un type de comportement que la société dans son ensemble puisse accepter, compatible avec les institutions les plus généralement reconnues, telles que le foyer, l’Eglise, ou l’Etat »*. Cette vision ne sera que moyennement partagée par la suite. En 1969, le mouvement politique Gay Liberation Front (GLF) est formé à New York ; rencontre du milieu gay et de la culture politique radicale de la New Left. Ce mouvement est constitué après l’affaire Stonewall : un raid de police dans le bar gay Stonewall Inn à New York. Mais plus qu’un mouvement simplement gay, il est aussi contre l’ordre politico-social de l’après-guerre. En 1970 a lieu la première Gay Pride, au Greenwich Village, New York, où la GLF et d’autres groupes défilèrent, commémorant les émeutes de Stonewall, et luttant contre les discriminations envers la communauté gay. Quant au changement de sexe, cette pratique commençait à être "courante" déjà dans les années 70, mais le premier homme à avoir subi une opération de changement de sexe est Christine Jorgensen, dans les années 50.
Dog Day Afternoon se passe deux ans après la première Gay Pride, au cœur de l’engagement homosexuel, dans la ville de New York, après l’homophilie des années 50, pendant l’engagement politique homosexuel des années 70, et avant l’activisme, le "Coming Out", la provocation, l’affirmation et la revendication de soi de la fin des années 70. Al Pacino a cependant été la première star hollywoodienne à jouer ouvertement et sans ambiguïté un homosexuel et à déclarer son amour pour un autre homme.
« To my darling wife, Leon, who I love more than any man has loved another man until the eternity, I leave $2700 to be used for your sex-changed operation. »
Un de mes films préférés
Et voilà, j'ai enfin vu la filmographie entière du regretté John Cazale ![]()
Sinon, petit HS, mais j'ai parcouru tout le topic et il y a 10 ans les mecs faisaient un débat Pacino - Pitt.
Bref, et pour parler de la filmo de Brad Pitt ils citent Gray.
Hors il me semble que Pitt n'a joué pour la première fois pour Gray que l'an dernier ![]()
Ils parlent de quel film ? Un autre projet avorté ou bien c'était déjà Ad Astra qui était dans les cartons ?
Bien que le mec en parle comme si c'était déjà tourné à l'époque ![]()
https://www.jeuxvideo.com/karou/forums/message/316875926
https://www.jeuxvideo.com/karou/forums/message/316876574
Le 05 mars 2020 à 12:34:47 EmileHirsch a écrit :
Et voilà, j'ai enfin vu la filmographie entière du regretté John CazaleSinon, petit HS, mais j'ai parcouru tout le topic et il y a 10 ans les mecs faisaient un débat Pacino - Pitt.
Bref, et pour parler de la filmo de Brad Pitt ils citent Gray.
Hors il me semble que Pitt n'a joué pour la première fois pour Gray que l'an dernier
Ils parlent de quel film ? Un autre projet avorté ou bien c'était déjà Ad Astra qui était dans les cartons ?
Bien que le mec en parle comme si c'était déjà tourné à l'époquehttps://www.jeuxvideo.com/karou/forums/message/316875926
https://www.jeuxvideo.com/karou/forums/message/316876574
Etant un immense fan de James Gray jusqu'à The Immigrant, j'ai peut-être la réponse:
En fait, après Two Lovers, Gray aurait très rapidement dû enchainer sur The Lost City of Z, pour une sortie en salles initialement prévue pour 2010. A cette époque, c'est Brad Pitt qui avait été casté pour le rôle de Percy Fawcett (qui sera finalement joué par Charlie Hunnam), et Pitt devait même produire le film (me rappelle pas si cela a finalement été le cas).
Bref, Gray a jusque dans les années 2010 toujours eu du mal à réunir les financements nécessaires à ces films, ce qui est une des raisons pour laquelle sa filmo comporte si peu de longs-métrages, et le tournage de Z a été plusieurs fois annulé/repoussé.
Quand il a pu finalement réunir le nécessaire, Pitt n'était tout simplement plus dispo, et s'est retiré du projet, ce qui arrive en fin de comptes très souvent.
Ah merci beaucoup ![]()
Ca fait sens en effet.
Et je me rappelle maintenant avoir lu au moment de la sortie du film qu'à la base c'était Brad Pitt qui était prévu.
Oui il a souvent tourné autour de Gray, content qu’ils se sont enfin captés.
Puis pour répondre au débat, je préfère désormais Pitt à Pacino
Avec plaisir
. Je suis allé checké sur la page Wikipédia du film entre temps et je confirme que Pitt est bien resté producteur de Z via sa boîte Plan B.
Par contre j'ai découvert à cette occasion que Benedict Cumberbach avait été casté aussi après le désistement de Pitt!!!! Mais il a dû annuler pour tourner dans Dr Strange .
Sinon je suis allé voir aussi cette histoire de débat Pitt/Pacino: alors j'adore Brad Pitt, c'est sans problèmes l'un des plus grands de son temps, des films de ouf, des rôles marquants, blablablabla...
Mais le comparer à Al de mon point de vue c'est même pas la peine: Pacino est au panthéon des génies de l'acting, il est tout là-haut, bref il est immense!
On pourra vraiment comparer quand Pitt atteindra l'âge de Pacino, et surtout voir s'il arrive à maintenir sa qualité de jeu et un rythme de tournage assez fréquent, car avec le temps, et bien que ce ne soit pas aussi catastrophique que chez De Niro qui tourne tout et n'importe quoi, Pacino se fait rare au ciné et a tendance a (un peu) cabotiner...
Après, selon la formule consacrée, "les goûts et les couleurs", mais je suis un vieux et Pacino c'est mes films de gosse
)
Je suis pas un vieux et Pacino c’est aussi un des premiers pas de ma cinéphile. Je respecte ton avis, d’ailleurs je crois être minoritaire sur ce sujet. Je préfère juste les trois premières décennies aux trois premières de Pacino ![]()
En fait j'avais posté avant d'avoir vu que tu avais édité ton post initial ![]()
Pas de soucis, comme j'ai dit "les goûts et les couleurs" et je suis pas du genre à prendre mon avis personnel pour la vérité absolue, donc moi aussi je respecte ton avis tkt ![]()
Ce film est d'une modernité c'est hallucinant. Lumet s'est bien amusé je pense en adaptant ce fait divers.
J'ai vu qu'il y avait un documentaire "The Dog" sur l'histoire de Jean Wojtowicz. Impossible à trouver sur la rivière malheureusement
Sélection UGC Culte
Jeudi soir dans tous les UGC
Allez hop on va voir ce chef d'oeuvre avec Pacino 