Y'a tellement de conneries qui ont été dites sur ce film... C'est de très loin le film le plus profond et le plus complexe de Tarantino (tout ce qui manque, ce sont les jeux chronologiques, mais bon), et à mes yeux le meilleur film de la décennie.
Petit détail, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la dernière réplique du film est de Brad Pitt, qui regarde la caméra : « Il se pourrait bien que ce soit mon chef-d'oeuvre ». Venant d'un réalisateur aussi doué que Tarantino, c'est une signature qui importe.
Personnellement j'ai vu ce film 6 ou 7 fois, et je ne suis pas certain d'être encore allé jusqu'au fond. Je n'ai pas trop envie de prendre une demi-heure pour vous expliquer mon point de vue, mais ce film mérite tellement d'être défendu, je vais prendre quelques minutes.
Globalement, le film met en scène le conflit entre les forces alliées et le régime nazi; mais il ne s'agit pas que d'une guerre au sens militaire du terme : parallèlement, se développe un conflit culturel, une mise en opposition des cultures respectives (ce qui inclut le cinéma) des deux clans.
Je fais l'analyse d'une des meilleurs scènes du film à mon avis, à partir de l'intrication cinéma/guerre, qui est thématisée tout au long du film.
La scène où le Bear Jew vient exploser la cervelle de l'officier nazi avec sa batte. Brad Pitt dit « Au fond ça nous fait plaisir que tu te fasses buter, voir l'Ours juif t'éclater, c'est presque aussi chouette que d'aller au cinéma. » L'exécution réelle est comparée à un spectacle, un film, une fiction.
Le plan suivant montre l'ouverture de l'espèce de conduit d'égout d'où l'Ours juif va sortir : un trou noir, et le son d'une batte qui frappe les murs, puis l'apparition de l'Ours juif. Cette scène rappelle incroyablement la sortie d'un Cyclope de sa grotte, d'un « ours » de sa tanière, etc. L'apparition de l'Ours juif est associée à un mythe, une mise en scène, une fiction.
D'ailleurs, les soldats sont tous positionnés en hauteur, à distance régulière, à la manière d'un public dans un stade (allez revoir la scène) : on voit ici les spectateurs d'une scène du genre « gladiateur ».
Mais la scène devient encore plus intéressante par la suite : après avoir exécuté, l'officier, l'Ours juif s'exclame qu'il vient de frapper un circuit, que la balle est très loin, etc. Référence à la culture américaine : nous sommes aussi dans un stade de baseball. Non seulement la guerre est comparée à un spectacle, à un film, mais la culture des belligérants est elle-même intriquée dans le conflit militaire : le baseball, un des grands symboles de la culture américaine, est une « arme », elle est thématisée comme faisant partie intégrante de ce conflit.
Je donne un autre rapide exemple : dans la scène qui précède celle du petit bar dans la cave, on explique à l'officier britannique sa mission. On se met à parler longuement du cinéma allemand, en disant que les Nazis veulent BATTRE le cinéma juif sur son propre terrain, et on précise qu'ils sont en train de réussir, parce qu'il y a plus d'entrées enregistrées dans les cinémas depuis que Goebbels est ministre de la propagande. Le cinéma est une ARME, le cinéma, la fiction, permet de remporter une guerre.
Cette idée revient tout au long du film, à de multiples reprises (pour ne pas dire tout le temps).
La scène finale, enfin celle du cinéma qui brûle, est l'aboutissement de ce principe : la pellicule de films elle-même devient une arme offensive, par sa matérialité même (qui symbolise sa puissance potentielle), c'est PAR le cinéma que la guerre est emportée, les deux thèmes intriqués tout au long du film voient leur union/accomplissement complet dans cette explosion.
Il y a des dizaines et des dizaines d'exemples de cette structure thématique (qui est encore plus complexe et intéressante que j'ai pu le montrer).
Pitié, ne jugez pas un film sur la longueur de ses dialogues, ses clichés, vous risquez d'être passé totalement à côté. Les clichés de Tarantino sont justement parties intégrantes de cette logique de la « fictionnalisation » de la guerre, de la guerre mise en scène comme un spectacle, un film, etc.
En espérant que ça vous donne envie de revoir ce film (que Tarantino a pris près de dix ans à écrire, et on le comprend quand on voit la profondeur et l'épaisseur des sens qui s'entremêlent dans son scénario).
Il est pas non plus si profond que ça faut pas abuser.
Tu as lu mon post ou pas?
Oui, et c'est du déjà lu.
Et alors? Ça veut dire que c'est faux?
Ta paresse est un peu irritante. Essaie de formuler une réponse avec des arguments.
Oui je suis paresseux, mais j'ai un Schaffer pour écrire ce que je pense à ma place ![]()
Non mais euh tu es au courant que tu surinterprètes le film là ?
Dans Twilight c'est une métaphore du vent qui souffle sur les corps morts, car la caméra bouge dans tous les sens : c'est du même niveau.
Il ne faut pas chercher midi à 14h, IB est avant tout fun, il dit certaines petites choses sur le cinéma : tout peut arriver dans une salle de cinéma, c'est c'est tout hein.
Le problème que je vois dans la majorité des opinions que je vois ici et sur ce film en particulier, c'est votre tendance à comparer le film aux codes et à la structure des films hollywoodiens.
Et non, c'est pas « juste fun », et non, ce n'est pas de la sur-interprétation. Tout ce que je viens de donner en exemple est tiré de mon opinion personnelle, mais étrangement, tous les critiques de cinéma (je ne parle pas des critiques culturels minables du Paris Match, ou je ne sais trop quoi, prenez n'importe n'importe qui, je ne connais pas vos critiques pop) ont tiré du film la même interprétation.
Étrangement, Tarantino confirme en entrevue un nombre considérable des interprétations de la critique (et en met encore plus!). Il a pris un temps fou pour construire les situations du film en fonction des significations qu'il veut donner.
Je vous en mets une rafale, pour que vous voyiez à quel point ce thème est présent PARTOUT :
Tout au long du film, on joue des rôles, tout le temps, c'est une des stratégies militaires.
Goebbels est ministre de la propagande et du CINÉMA.
Le contact des alliés en France est une des actrices allemandes les plus célèbres.
Le héros de guerre allemand joue son PROPRE rôle dans un film de propagande : ici encore, la fiction et la réalité se confondent.
... Il y a un MILLIER d'exemples.
Ce film est d'ailleurs le résultat de toute l'oeuvre de Tarantino.
Le même thème est développé, par exemple, dans Pulp Fiction : scène célèbre où Travolta est avec Uma Thurman dans le resto rempli des plus grands clichés et icônes cinématographiques : Marilyn Monroe les sert, ils s'assoient dans des voitures des films des années 50, tout prend l'apparence de la plongée dans un DÉCOR.
C'est une des scènes les plus célèbres de l'oeuvre de Tarantino, parce qu'elle est représentative de sa vision d'un monde où la réalité et la fiction se confondent toujours.
Autre exemple : dans Reservoirs Dogs, la scène où le policier infiltré doit APPRENDRE SON TEXTE (scène longue où il répète le texte avec différentes intonations pour trouver la manière la plus crédible), à la manière d'un ACTEUR, pour jouer son rôle de bandit auprès des gangsters.
Ça m'étonne que vous n'ayez pas la moindre notion de ce genre de vision fondamentale chez Tarantino, dont il parle très fréquemment en entrevue.
Vous savez, un film, ce n'est pas qu'un divertissement, c'est une oeuvre qu'il faut savoir comprendre, comme la littérature qu'il faut savoir lire.
Il y a une immense différence entre un film genre Twillight et une chanson des Beatles (qu'ils griffonnaient pour la plupart en moins d'une heure ou deux), et un film préparé méticuleusement pendant dix ans.
C'est la mode de faire croire qu'on fait un film en 10 ans ou quoi ?
Putain Nolan, Cameron tentent aussi de faire gober cette merde. 10 ans pour ça, ben putain faut se poser de sérieuses questions.
C'est documenté que Tarantino travaillait sur le scénario d'IB bien avant Kill Bill, qu'il en a interrompu l'écriture parce qu'il ne savait pas comment terminer IB, pour finalement trouver la scène finale : la pellicule de film est un explosif, il détruit tout le régime nazi dans une salle de cinéma.
Dans il ne l'a pas fait en 10 ans, il a été interrompu, ce qui est différent.
Tu joues sur les mots, ça fait huit ans et quelques mois, on s'en fout.
Lt-Schaffer
Je ne veux pas vous apprendre qu'un film a des axes de lecture, tant mieux pour vous si vous êtes au courant. Je m'étonne que vous n'ayez absolument aucune notion des axes de lecture développés par Tarantino, au point de me dire que je divague.
Tarantino a le talent pour faire des films qui ont un aspect tout à fait ludique, et qui EN MÊME TEMPS ont des significations comparables à des cinéastes comme Fellini, Antonioni, Renoir, etc. C'est ce qui fait son caractère exceptionnel.
Ben alors il aurait dû y passer 10 ans de plus.
resolution
Pitié, des arguments rationnels.
Tu joues sur les mots, ça fait huit ans et quelques mois, on s'en fout.
il a dû écrire le début en quelques mois, et le laisser vacant avant de trouver la fin un soir de cuite.
Je comprends pas ton "acharnement" sur Seskoisa, reso.
S'il veut interpréter le film de cette façon, laisse le, c'est son avis. Toi si tu penses qu'il le surinterprète, c'est ton avis, mais laissez le point de vue du film de chacun tranquille.
J'aimerais quand même qu'on parle du contenu du film, parce que c'est ce dont il était question dans mon premier message et que vous avez contredit. Le reste n'a pas d'intérêt dans la discussion...
(Mon message s'adressait à resolution.)
Personnellement, je trouve IB très bon, mais il n'arrive pas à la hauteur d'un Reservoir Dogs ou d'un Pulp Fiction ( qui est mon film culte de chez culte ).