Pompoko, une oeuvre à pleurer de bonheur.
Avec Le Tombeau des Lucioles, Takahata avait déjà montré toute l'étendue de son art pour le drame tragique, et le film réaliste retraçant l'après guerre japonais. Pompoko se révèle être totalement différent.
Pompoko est tout d'abord un film visuellement magnifique. Ce genre d'oeuvre qui vous fait retomber en enfance, par la simplicité du travail de Takahata dans les dessins, ainsi que l'originalité de son univers. L'imaginaire de Takahata est sans limite, et chaque séquence fourmille d'innombrables idées, foisonne de détails délicieux, poétiques, touchants, merveilleux. La mise en scène, bien que moins ambitieuse que celle de Miyazaki, est un régal pour les yeux. On est comme porté dans ce monde complètement fou, et on sort forcément un peu nostalgique.
Le scénario est très beau, très lyrique. Et le montage jouant sur un rythme très soutenu est totalement maitrisé. Raconté par un narrateur externe, cette histoire est un grande fable, qui joue avec les codes du film histoire de par ces grandes ellipses, ainsi que cet épilogue absolument bouleversant.
Comme beaucoup de film des studios Ghibli, Pompoko est un grande éloge de la nature. Jouant sur un ton léger, avec les personnages des Tanukis, Takahata émet une forte critique de la mondialisation et du capitalisme. On admire les Tanukis se battre pour protéger leur forêt, et le réalisateur japonais en fait des personnages très intéressants. A la fois naifs et profons, les Tanukis sont des personnages très nuancés. Le spectateur est à même de se poser des questions philosophiques sur le bien et le mal ; "la fin justifie t-elle les moyens ?". A travers les actes des Tanukis, Takahata nous fait réfléchir sur le sens de la bataille, des principes et des causes - bonnes comme mauvaises. L'intelligence du réalisateur est de faire un film non-manichéens. Les Tanukis se font d'ailleurs peu à peu avoir par cette mondialisation, ce ne sont pas des personnages dotés d'une très grande sagesse. Par certains aspects, ils ressemblent aux humains, et c'est là pour moi la grande force du film.
Pompoko est un donc un film visuellement merveilleux, d'une originalité incroyable. Et doté de plusieurs niveaux de lecture, maitrisés avec une intelligence rare. L'émotion est également très présente, le film jouant sur plusieurs registres. C'est drôle, c'est touchant, c'est poétique et c'est triste. Pompoko est une oeuvre absolument incontournable.
8/5