Revu, après une première fois marquée par une légère déception.
Verdict ? Un grand film.
Attention aux spoilers.
Si on devait dire quel élément du film est le plus réussi, on serait bien embêté, parce que tout y est absolument parfait. Je vais commencer par le scénario, qui m'a impressionné. J'avais été un peu déçu la première fois, trouvant que le film n'était pas assez centré sur les deux personnages principaux. Je m'attendais à un face-à-face plus exclusif disons. Mais je m'étais trompé, le face-à-face a bien lieu, sauf qu'il se joue quasiment toujours par le biais du montage.
Volte/Face.
La séquence du film que tout le monde commente en s'extasiant, à part celle de la fusillade, c'est évidemment la rencontre pour la première fois à l'écran de deux légendes sacrées du cinéma. Al Pacino interpelle Robert De Niro sur l'autoroute, et hop ils vont boire un café ( il y a de l'audace dans un tel choix de la part de Mann scénariste ). Et que se passe-t-il ? Quelque chose qui déborde sauvagement de l'écran, une sorte de méta-discours sur l'éternelle comparaison cinéphile entre Pacino et De Niro, qui peut de manière plus générale être vue comme un élément-clé du film. Heat ne serait pas le film qu'il est sans ses deux acteurs principaux, parce qu'on ne peut s'empêcher de voir dans cet affrontement entre Hanna et McCaughley une métaphore de la relation entre Pacino et De Niro. Quand les deux personnages se disent leur admiration mutuelle, on peut évidemment penser que ce ne sont pas les personnages seuls qui parlent, sinon les acteurs eux-mêmes.
La séquence du café a quelque chose de testamentaire et de fatal. En ce sens, elle est un commentaire directe sur les deux figures que sont Pacino et De Niro.
Pour en revenir plus précisément au scénario, j'en ai rarement vu d'aussi bien écrit. La manière dont Michael Mann entrecroise les histoires, comment il donne autant d'importance à un personnage secondaire qu'à un premier rôle, la puissance narrative qu'il met en place durant 2H40 de film sont impressionnantes. Bien sûr il y a ce duel entre Al et Bob, mais aucun autre personnage n'est laissé de côté, chacun est un pion important dans la globalité de l'oeuvre. Surtout, chaque personnage est interdépendant d'un autre, et aucune sous-histoire ou sous-relation ne souffre par rapport aux autres. Ce que je veux dire, c'est que par la force du montage, chaque histoire d'amour par exemple gagne en profondeur car elle fait écho à une autre.
Pour en revenir au titre de cette partie (
), le film montre évidemment le parallèle entre flics et voyous. Enfin, c'est surtout dans la remarquable description des différents couples que les comparaisons peuvent s'établir. Finalement le discours sur le destin, ou des notions comme le bien et le mal ( lol ) est moins présent que la volonté de Mann de décrire des hommes et des femmes - tout simplement - et les liens qui les unissent. Au niveau purement professionnel, chacun fait son boulot, point. Il est vrai que Hannah ne cesse de proclamer son admiration pour ses ennemis, et que cetta fascination pourrait avoir quelque chose de troublant. Mais l'important n'est pas là finalement.
Pas besoin de trop évoquer la mise en scène de Mann, on sait tous le génie de cet homme...on connaît aussi la passion du réalisateur pour la technique, il n'empêche que peu de metteurs en scène savent filmer des acteurs et des actrices comme lui, leurs visages, leurs émotions. Et puis chez Mann, il y a toujours de purs moments de poésie qui naissent à un moment donné et qui ajoutent de la beauté à son oeuvre.
Grand film donc, dominé par un Al Pacino au sommet et un De Niro phénoménal.
5/5