Après avoir découvert la trilogie sur la vengeance de Park-chan Wook et le cinéma d’Hong-jin Na, c’est un autre réalisateur sud-coréen vers lequel je suis allé en la personne de Bong Joon Ho. Une chose est sûre, ces cinéastes ne veulent pas faire de leurs œuvres des vitrines de leur pays (qui sont sensées donner envie d’aller voir derrière ce qui s’y passe en profondeur). On y retrouve toujours ce genre du policier/thriller froid ultra violent avec des personnages dont les histoires s’entrelacent et dont le dénouement qui en émane n’est souvent que peu glorieux. Mais je dois bien admettre qu’avec Memories of Murder, j’ai non seulement pris une nouvelle claque, mais aussi découvert une autre façon de faire du cinéma en Corée du Sud.
J’avais gouté à la vengeance traitée par PCW, puis à la traque d’un homme vécue à la première personne vue par HJN. Et bien Memories of Murder, c’est encore autre chose. Sorte d’ovni parfois incompréhensible, souvent absurde, de temps à autre drôle, également un peu prise de tête par moments, mais surtout, dénonciateur d’une époque, avec des personnages qui symbolisent l’archaïsme, le progrès, l’innocence ou encore la violence. Certainement révélateur d’une façon de vivre, mais surtout de travailler, dans le domaine de la police principalement, Memories of Murder dresse un portrait effarant de cette Corée des eighties. Des pistes ici et là qui ne se rejoignent jamais vraiment pour nous amener vers cette morale finale qui fait froid dans le dos. Alors si on peut parfois s’embêter un peu devant ce casse-tête étant donné que l’on se demande clairement où on va et pourquoi, il faut savoir aller au bout car ça en vaut la chandelle. La dernière partie est sublime et, d’une certaine manière, nous laisse pantois.
En définitive Memories of Murder fait donc parti de ces films qui à défaut de poser des questions et de ne pas y répondre, propose une vision pertinente et cohérente d’une société non sans défaut. J’en ai presque oublié de parler de technique, mais comme d’habitude avec les sud-coréens, la copie est parfaite, tout est bien réglé, lisible et surtout, beau. Les derniers plans sont magnifiques. Puis plus j’y pense, plus je me redis que ce film est grand. Futur classique.
8/10