"Sept ans après la vertigineuse Ligne rouge, Terrence Malick signe un nouveau chef-d’œuvre élégiaque et philosophique, une réflexion divinement filmée sur la question de la civilisation, le pouvoir de l’amour et le rapport de l’homme à la nature. (...) L’insensée réussite du Nouveau Monde, le plus beau film de ce nouveau millénaire, soyons définitif, tient dans le fragile équilibre entre le respect à la légende et son interprétation poétique. Malick réussit à raconter une passion intime et à toucher à l’universalité, à raconter le destin d’une jeune femme et celui de l’humanité. Maelström de sensations, film-trip d’une perfection absolue du premier au dernier plan, Le Nouveau Monde tient du miracle, du tour de magie d’un cinéaste au sommet de son art. (...) Malick traduit les doutes et les espoirs des émigrants arrivés en terre promise. Il montre un paradis perdu, un monde apaisé, des forêts immenses, des marécages sans fin, des étendues d'herbe. Tourné en 65 mm, Le Nouveau Monde est une symphonie pastorale dédiée à la nature américaine. La première heure, quasi muette, est à peine troublée par les pensées de John Smith et les éclats de rires de Pocahontas. Telle une balade hypnotique dans un territoire sauvage que l’homme n’a pas encore conquis. (...) Le film trouve sa respiration dans les battements de cœur de la jeune femme. La narration s’accélère quand elle tombe amoureuse de John Smith puis se fige quand les amants sont séparés. Cinéaste de la rupture de ton et de l’échappée lyrique, Malick se permet tout. Des séquences magnifiques d’une naïveté confondante, des plans de béatitude en harmonie avec l'environnement. Il ne met pas en scène une vérité mais un mystère de nature divine. Le réalisateur de La Balade sauvage a toujours laissé une grande liberté aux acteurs pour composer leurs personnages et se contente, sur les tournages, de saisir des bribes de vie et de dialogue. Une méthode qui atteint la perfection avec le Nouveau monde. Malick filme les mains, les regards, les corps et tout discours devient superflu. (...) Dans un sublime revirement, elle aussi débarquera dans un nouveau monde, l’Angleterre. Pays dans lequel la nature est domestiquée, les arbres sont bien taillées mais où chacun ne vit que pour soi et regarde l’autre comme une bête curieuse (Pocahontas croise le regard compréhensif d’un grand homme noir - superbe scène). Film-fleuve envoûtant, démonstration de la force du cinéma avec une utilisation magistrale de la musique, Le Nouveau Monde est bien la nouvelle rêverie panthéiste d’un artiste hors du commun et hors du temps."