En lançant Arizona Dream je ne m'attendais pas à grand chose, j'en avais vaguement entendu parlé, mais finalement le film est assez peu souvent cité. Et pourtant j'ai trouvé ça grandiose, parlez-en plus !
Arizona Dream traite de dépression, de folie douce, d'amour, de suicide, d'obsession, de rêves ... C'est un récit initiatique qui nous dit que rêver ça implique de se réveiller, que voler ça implique d'atterrir (dans le meilleur des cas) et que vivre ça implique de souffrir.
Dit comme ça, ce n'est que des mots, mais ce film va au-delà de parler ou raconter, il fait ressentir toutes ces choses. Lorsque les personnages vivent, souffrent et aiment, ils le font vraiment, on y croit complétement. Lorsque Grace (Lili Taylor) regarde Axel (Johnny Depp) sur le toit de la maison, il y a vraiment de l'amour dans son regard, ça me transperce pour de vrai.
Je n'enlèverai aucune scène sur les 2h20 que ça dure. Elles sont toutes sublimes et à chaque fois que j'ai été triste qu'un instant s'arrête. Les inuits au début, le court passage sur New-York, le passage en ville en Arizona, la maison perdue au milieu de nul part, à chaque fois je me suis dit que j'aurai voulu que ça dure plus longtemps, mais à chaque fois la séquence suivante m'a fait le même effet, jusqu'à la fin. Toutes les scènes sont pleines de vie, la mise en scène offre tellement de plans et de mouvements magnifiques. Un exemple au hasard : lorsqu'ils sont à table, qu'Elaine (Faye Dunaway) et Grace se disputent, que cette dernière monte les escalier pour se suicider, quel génie de réalisation. Les moments ou Paul (Vincent Gallo) rejouent des scènes de films (Raging Bull, La mort aux trousses, Le Parrain 2) c'est génial. Et tout est comme ça. Même les transitions sont fantastiques.
La musique participe grandement à toute cette réussite, souvent intra-diégétique (sur une platine, par un accordéon, au travers d'un orchestre de mariachi etc.), régulièrement en léger contre-points par rapport à ce qui se passe à l'écran, elle apporte toujours quelque chose et elle est clairement incontournable dans la mise en scène. Et pourtant je ne suis pas toujours très sensible à la musique au cinéma.
Et puis ces personnages (et ces acteurs !) ... J'ai rarement pris autant de plaisir à suivre chacun d'entre eux, à les retrouver d'une scène à l'autre. Il sont tous malheureux et obsédés à leur manière, mais ils sont tous si vrais et si vivants. C'est un tour de force immense d'insuffler autant de vie dans des personnages de fiction, en si peu de temps. On parle de Johnny Depp quand on évoque ce film, et c'est vrai qu'il montre ici quel acteur il est, surement son meilleur rôle, mais ils sont tous géniaux en fait. Et personnellement c'est Lili Taylor que j'ai le plus adoré, j'en suis tombé amoureux.
Pour être honnête je n'ai pas tout compris, la signification du poisson volant m'échappe par exemple, mais l'art n'a pas besoin d'être compris pour toucher, et Arizona Dream me touche quoi qu'il en soit.
Chef d'oeuvre.