1989 : an de grâce pour Mary Lambert. Quelques mois après avoir mis en orbite le style catho-erotico-rococo de Madonna avec le clip de Like a Prayer, et avant de disparaître à jamais dans la décharge de la série Z, elle met en boîte, dans un pur élan d'inspiration, cette adaptation d'un Stephen King lourdement chargée en fureur cocaïnée.
Il y est question d'un cimetière indien qui ferait revenir les morts à la vie et d'une petite famille WASP qui vient s'installer à côté. On y voit les aspirations conformistes de la middle class US se disloquer au beau milieu d'un environnement encore habité par l'âme des natifs génocidés, le rêve américain s'y faire défigurer sa face propette à l'acide sulfurique.
Boosté par sa verve politique, Simetierre s'envisage uniquement sous l'angle de la transgression et aligne les vignettes hardcore impensables (le cadavre congelé du chat arraché à même le bitume, les hurlements de la soeur difforme planquée à la cave, le môme cartonné par un vingt-cinq tonnes lancé à pleine vitesse, l'avatar maléfique du même môme attaqué à la carotide par son père).
Au-delà de ces scènes inouïes et de ses audaces graphiques douloureuses (ouch, le tendon), le film sidère surtout par son nihilisme grand guignol et le chant guerrier qu'il adresse à ceux qui oseraient aspirer au paisible.
Pour sonner la fin de ce cauchemar, les Ramones décrochent en bout de course un fleuron power pop irrésistible et lumineux, qui souligne par contraste le noir absolu que le spectateur vient de traverser.