Donc. Voilà. Ca devait être la mandale dans la gueule de l´année. La claque. On ne devait pas s´en relever. On nous l´avait promis, juré, craché, depuis le festival de Cannes. C´est à Old Boy que Tarantino voulait donner SA Palme d´Or. Même Tsui Hark, Dieu le Père, donc, avait adoré. Bref, on ne pouvait pas s´empêcher de nourrir les plus grands espoirs, d´imaginer un monument novateur où une forme surprenante était mise au service d´une histoire passionnante voire bouleversante. Avouons-le tout de suite, même si la chute n´est pas si rude que cela, on se prend quand même rudement bien les pieds dans le tapis à la vision de Old Boy. Après un début de métrage assez laborieux, un milieu grandiose, c´est un interminable final, enchevêtrement de révélations lourdaudes censées choquer le bourgeois bohême venu s´offrir de grands frissons exotiques ( "ah ces asiatiques quels bandes de détraqués ! ") qui parachève la déception.
Oui, Old Boy est une déception. Car si la mise en scène de Park est souvent très impressionnante, si l´interprétation est phénoménale, si certaines scènes, prises à part de l´ensemble du film, sont géniales ( essentiellement un incroyable combat à 1 contre 20, en plan séquence et travelling latéral), en son entier Old Boy est particulièrement bancal. Et très antipathique. Certes, on se doutait bien que l´on ne venait pas là pour un grand moment de franche rigolade. Mais plus l´histoire se déroule, plus on se désintéresse de cet étalage complaisant d´atrocités physiques et surtout psychologiques. Toujours plus méchant, toujours plus affreux, Old Boy voudrait nous prouver sa maestria lors d´une coda qui cherche l´apaisement dans l´acceptation bienheureuse d´une situation pour le moins glauquissime. Pour un peu on se croirait chez Gaspar Noé. Vous dire si on nage dans la légèreté... Heureusement le film est parfois très divertissant, maniant l´humour noir avec classe. Et on se laisse parfois emporté par le brio formel de la chose.
Mais, pour le moins, on attendait plus. Old Boy n´est ni révolutionnaire dans sa forme, ni dans son déroulement, ni dans son intensité ( ou alors, ces dernières années, il faut avoir raté des oeuvres telles que Time and Tide, Irréversible ou 21 Grams). Le suspens proposé n´est prenant que pendant une petite moitié du métrage, puis se dilue peu à peu, perdant tout son potentiel avant même ses multiples résolutions. On ressort donc de la salle vaguement frustré, plutôt mal à l´aise, mais déjà prêt à oublier l´essentiel du film.