Je me suis juste pris une belle claque. Mise en scène d'une sobriété exemplaire ( même si quelques choeurs pourrissent un peu le truc ), interprétation impeccable, et surtout une remarquable intelligence, une subtilité qui évite tout manichéisme du début à la fin. La Dernière Marche est un immense film humaniste, qui propage un discours chrétien dans ce qu'il a de plus noble ( je suis athée, je précise. Mais le film va au-delà de la religion, même s'il s'en sert constamment ), une oeuvre d'une profonde sagesse qui amène une émotion inouïe à l'ensemble.
Evidemment au début, on peut avoir un peu peur : un film sur la peine de mort, avec des figures telles que Robbins derrière la caméra et Sean Penn devant, ça sent le piège et le discours un peu facile. Mais le grand talent du cinéaste, c'est de proposer un film complexe, nullement manichéen, sage et adulte dans la mesure où il donne la parole à tout le monde. On se doute que Robbins est anti-peine de mort, mais il n'assène jamais son propos de manière trop lourde et a cette intelligence qui consiste à s'approcher de chacun des personnages et à tenter de le comprendre. Le film saisit la complexité de l'existence et la difficulté de comprendre son prochain, tout simplement parce qu'on n'est pas à sa place. Mais toujours il incite au pardon, à la rédemption, aussi dures que puissent être ces entreprises. Robbins ne fait pas dans l'explicatif, se contentant de décrire les choses telles qu'elles sont, n'appuyant pas gratuitement ses effets et montrant simplement comment une action ou un contexte peuvent amener à des désastres humains. C'est par exemple la manière qu'il a de décrire la justice américaine, qui privilégie les classes sociales aisées et qui n'offre aucune chance aux catégories les plus basses de cette société. Justice pour tous, peut-être, mais justice à deux vitesses. Evidemment il y a toujours un libre-arbitre chez chacun, mais le film montre comment certains sont comme irrémédiablement condamnés à cause de leur contexte de vie. Leurs actes n'en sont pas pour autant totalement pardonnables, du moins sont-ils compréhensibles. J'ajoute que Sean Penn est éblouissant ( il faudrait une statue de ce mec dans chaque ville ) et que Susan Sarandon est bouleversante, comme le film donc. Leurs nombreuses scènes communes sont au-delà des mots, il y a une espèce d'alchimie entre eux qui passionne l'esprit et transperce le coeur.
Grandiose.
9,5/10