Michael Mann
Spoiler
Le journaliste (Pacino, parfait, il ne joue pas, il est son personnage), droit, fiable, tenace et l'informateur (Crowe, impressionnant, bluffant, sa meilleure prestation), hésitant, tiraillé entre sa famille qu'il risque de perdre et sa soif de vérité (des personnes ordinnaires sous une pression extraordinnaire) contre la toute puissante industrie du tabac.
Révélations, un film-dossier, long, passionnant, incroyablement dense, riche, précis, ou l'on est jamais perdu.
Michael Mann à décidément un don pour choisir ses seconds rôles, des employés de CBS, au PDG en passant par le trio d'avocat, tous livrent d'excellentes prestations, un grand casting.
Autre point fort du film, ses personnages dont on sait tout (du moins pour les 2 principaux). Comment ne pas se mettre à la place de Jeffrey Wigand, licencié (dans une scène très forte,organisée par Sandefur pour opprésser Wigand), menacé, (la séquence du golf, pesante, effrayante, qui ne semble jamais finir), qui ne peux rien révéler de ce qu'il sait alors qu'il en meurt d'envie. Comment ne pas voir en Lowell Bergman et les 3 avocats du Mississippi une sorte de héros moderne se battant contre une industrie, un système qui menace, dépense à outrance et contourne les lois pour se protèger et continuer à s'enrichir.
Michael Mann ne délaisse rien, traite tout, la famille, la confiance, la morale, les enjeux économiques dans un film fleuve ou il se permet de faire avancer l'intrigue lentement, et mettant en place un suspense terriblement efficace.
La partie la plus forte est, à coup sûr celle qui précède le tribunal et l'enregistrement de l'émission ou l'on prend conscience de la dimension de l'affaire (escorte armée, meute de journalistes) pendant que Jeffrey Wigand abandonné par sa famille réfléchit, seul sur la pelouse (superbe plan) ou le personnage mais aussi le film s'éloignent de cette atmosphère si lourde, se débarassent de cette situation un instant, ne plus voir que le paysage - une envolée poétique que Mann maitrise parfaitement - pour revenir plus fort que jamais, relachant brutalement cette pression d'un mémorable " Fuck it. Let's go to court".
La dernière partie qui se concentre plus sur CBS et sur Lowell Bergman qui se bat pour cette vérité que tout le monde cherche à enterrer par tout les moyens possibles, est peut être la plus interessante. Jeffrey Wigand, passant son temps à regarder les personnes qui s'appliquent à démolire sa vie, apparait de moins en moins, comme ses déclarations qui ne sont plus au centre de l'intrigue. La réunion de CBS qui risque de se faire racheter par la firme du tabac, démontre bien l'absurdité de la situation avec un Bergman qui n'en revient pas. "It is Alice in Wonderland ?"
Puis cette fin, alors que tout le pays regarde l'emission, Wigand lui regarde sa famille qui peut enfin comprendre ses actes et ses décisions, et Bergman qui prend une décision terriblement logique.
Assurément un immense chef d'oeuvre, du grand Cinéma et Mon Film préféré