Ta gueule
Film vu dans le cadre de mon échange avec [hush]2 sur le topic des échanges.
Il s'agit d'un film horrifique/romantique américain de 2002, écrit et réalisé par Lucky Mckee.
Avec notamment Angela Bettis, Jeremy Sisto, Anna Faris, James Duval, Nichole Hiltz, Kevin Gage, Merle Kennedy, Chandler Riley Hecht, Rachel David, Nora Zehetner, Will Estes, Roxanne Day, Samantha Adams, Brittney Lee Harvey.
Ce que j'aime bien dans ce genre de film c'est que comme pour les films de Cronenberg, ça allie des éléments de film d'auteur avec un pur film de genre, et ça donne un mélange assez original et rafraichissant.
On suit donc May, de son enfance jusqu'à l'âge de jeune adulte, une jeune fille souffrant d'amblyopie ("ou Lazy Eye" en anglais), ce qui a perturbé son enfance, étant toujours mise à l'écart de part sa différence. Et le pitch du film, le fil conducteur de l'intrigue sera la suivant: "Si tu n'arrives pas à te faire des amis, fabrique-t-en un"
On sait que les meilleurs films d'horreur sont avant tout des films d'ambiance, prenez Carrie, Alien, Shining, Massacre à la Tronçonneuse, L'antre de la Folie, The Descent, tous sont des films qui jouent avant tout sur le ressenti, sans trop en montrer, du moins dans la plus grande partie du film, le film d'horreur c'est surtout un moyen d'analyser notre subconscient, nos peurs ancestrales, la façon dont on réagirait face à une situation improbable, ou inexpliquable.
De ce point de vue-là le film est parfaitement réussi, non pas que l'ambiance soit pesante, bien au contraire, le film ressemble d'ailleurs à s'y méprendre à un simple film d'ado avec plein de complexes, comme on en a déjà vus, et c'est peut-être là qu'est la principale qualité de ce film, c'est le masquage de la réalité horrible derrière un sujet à-priori léger, une réalité dont on ne prend conscience qu'au moment du final.
Et c'est quelque chose que j'ai bien apprécié dans ce film, ce crescendo, cette montée progressive et très imperceptible vers la folie, tous ces petits détails qui nous paraissent anodins à première vue se révèlent finalement importants.
D'ailleurs l'univers même dans lequel se situe le film semble évoluer au fur et à mesure, de façon également imperceptible, les personnages semblent être dans leur petit monde, ils ont tous un côté dérangés et irréels, comme si plus rien n'existait d'autre que ce qui se passe dans la vie de notre héroïne, et dans le final, ça verse carrément dans l'onirique, et c'est la que la réalisation frappe fort, parce que le film nous absorbe vraiment dans son monde.
Parlons un peu des personnages secondaires, qui ont tous leur importance dans le film
Adam, jeune homme charmant et personnage clé du film, qui nous aide à nous repérer dans la graduation du bizarre, en effet, il agit comme un mètre-étalon par rapport à May, pour nous aider à nous rendre compte de l'avancée dans l'étrange que subit notre personnage principal. Polly, la secrétaire lesbienne de la clinique ou travaille May joue un rôle assez ambigu, entre la grand soeur et l'amante nymphomane, qui sert principalement d'échappatoire ou de guide à notre héroïne dans ses moments délicats.
Cependant, une chose doit bien vous rester en tête: C'est strictement le film d'Angela Bettis . Elle parvient à créer un personnage à la fois inquiétant et fascinant. Elle est attrayante et laide, pathétique et puissante à la fois.
May est un film indépendant qui donne aux amateurs d'horreur juste ce qu'il faut. Il s'agit d' un excellent exemple de pourquoi nous devons soutenir les cinéastes indépendants d'Hollywood. Pour ces concepts originaux qui ne sont pas seulement en dehors des chemins balisés, mais n'ont jamais été dans les chemins balisés en premier lieu.
J'aime les films d'horreur indépendants. A Hollywood, vous n'avez pas besoin d'être un passionné ou un génie de l'épouvante pour faire un film. Ils ont des formules et des règles pour dire ce qui va et ce qui ne fonctionne pas. Les vrais fans du genre n'ont, semble-t-il jamais leur mot à dire dans l'évolution des codes et des règles qui définissent le film d'horreur hollywoodien. Et doivent se tourner vers le cinéma indépendant pour réaliser le film qu'ils aimeraient voir dans un cinéma. La bonne nouvelle à ce sujet est que les films d'horreur indépendants sont ceux qui repoussent les limites, qui changent les règles. La mauvaise nouvelle, c'est qu'ils ne reçoivent pas la publicité qu'ils mériteraient, et disposent d'un budget dérisoire, donc si vous ne faites pas attention, les films qui méritent le coup d'oeil passeront inaperçus. May est un de ces films.
Pour conclure, je dirais que c'est simplement un film génial. C'est drôle, tordu , triste , sanglant, et perturbé, le tout dans les mêmes 93 minutes . Qui a accompli cet exploit d'alchimie cinématographique ? Je suis content que vous posiez la question!
. Lucky Mckee, une sorte de génie surdoué et oublié du cinéma d'horreur qui obtient finalement son juste dû. Pour ceux qui auraient vu les Masters of Horror, vous avez pu voir son excellent travail sur Sick Girl .
J'ai pris pour habitude de passer outre la production hollywoodienne pour voir ce que peut donner le cinéma horrifique indépendant. Force est de constater que seuls les vrais amoureux du cinéma d'horreur produisent de bons films d'horreur comme May aujourd'hui, des films qui souvent n'obtiennent pas de large reconnaissance, si ce n'est celle d'une frange de passionnés. Certains appellent ça "anticonformisme", moi c'est ce que j'appelle donner une reconnaissance à ceux qui le méritent.