Critique trouvée avec laquelle je suis plutôt d´accord.
Avertissement préalable : ne vous fiez surtout pas au titre français, tout juste digne d’une mauvaise traduction de série B d’un teenage movie, ATTRACTION FATALE est un film bien plus intelligent que son dudit intitulé ne laisse le supposer ! Prix du Public à Deauville l’an dernier, il déroute autant qu’il séduit par sa maîtrise visuelle et les nombreux rouages dont il dispose.
Au départ de l’intrigue, Carmen, une jeune Ibérique qui s’ennuie au sein de son couple. Celle-ci retrouve alors, quelques jours avant son mariage avec Barnaby, la flamme en rencontrant Kit, un apprenti comédien. Un triangle amoureux, où les protagonistes valsent entre passion et raison, semble s’être formé sous nos yeux. Jusque-là, rien de bien original. Néanmoins, c’est sans compter sur l’intrusion d’une autre caméra qui, elle, vient épier la belle Carmen et parasiter, par la même occasion, le récit en divulguant les à-côtés de cette histoire. Sous forme clipée, celle-ci filme de manière frénétique, la plupart du temps, les personnages impliqués. Matthew Parkhill, le réalisateur, incorpore en effet dans sa mise en scène deux points de vue : celui de la caméra principale, s’avérant correspondre aux faux-semblants, et celui d’un inconnu, dévoilant, quant à lui, une réalité gênante du présent par l’intermédiaire de la DV et du passé grâce aux flash-backs. Le récit a donc bifurqué en thriller. Qui poursuit Carmen ? Au moment où l’on pense avoir distingué le genre du film, celui-ci nous échappe à nouveau pour entrer dans une autre dimension, celle du monde de la manipulation. Le moyen utilisé ? Le " reality cinema " , comme l’appelle l’un des protagonistes, qui nous permet ainsi d’assister à un film dans le film.
Le postulat de base d’ATTRACTION FATALE est alors facile à déceler. A travers ce jeu de pantins dont sont conjointement victimes les personnages et les spectateurs, le réalisateur semble indiquer qu’il peut s’avérer très facile de duper par la vidéo et remet en cause, à cet égard, notre tendance à croire corps et âme tout ce que montre notre écran télévisé. On devine l’exaltation de Matthew Parkhill à utiliser un point de vue tantôt trompeur tantôt révélateur dans le but de voir le spectateur s’y perdre. Au trois-quarts du film, il s’amuse même en s’engageant dans une surenchère de manipulation. Pour son premier long-métrage, le cinéaste anglais réalise ici un véritable tour de force eu égard à sa narration en trois dimensions et à sa mise en scène stylisée.
Toutefois, même si ce procédé inventif retient notre attention, il ne faut pas non plus manquer de souligner l’excellente qualité de jeu du trio d’acteurs principaux emmenés par le très prometteur Gaël Garcia Bernal ( découvert dans le magnifique AMOURS CHIENNES), qui déploie une fois de plus l’étendue de son talent.
Une attraction déroutante mais enthousiasmante !