«Je commence par un gros plan des mains de Chostakovitch. Elles sont sur les touches de son piano… La caméra sera sur un hélicoptère, hors de la maison, et le gros plan sera pris au travers de la fenêtre ouverte. Nous voyons les mains qui cherchent les notes de la «Symphonie de Leningrad». Et le compositeur les trouve. Cette musique est répétitive. Elle commence avec trois instruments, puis cinq, puis dix, puis vingt, puis cent… Et mon ouverture sera faite sur cette musique. En un seul plan-séquence. Un plan-séquence comme on n’en a jamais fait : la caméra quitte le gros plan des mains du compositeur. Elle va en arrière. Nous découvrons sa chambre. On en sort par la fenêtre. C’est la rue. L’aube. Deux civils sortent dans cette rue. Chacun porte un fusil. Et ils montent dans un tramway. La caméra suit le tramway. La musique continue. Le tramway s’arrête plusieurs fois. Des civils le prennent. Ils sont tous en armes. Enfin, le tramway arrive dans une banlieue. Il s’arrête sur une petite place où se trouvent déjà plusieurs autres tramways. Et, à côté d’eux, ce sont des camions qui attendent. Les tramways se vident. Tous les passagers étaient des hommes armés… Pas de femmes. Les hommes montent dans les camions. La caméra suit les camions. Toujours la musique. Toujours le même plan. Pas de coupes. Pas d’inserts. Et nous arrivons devant les premières tranchées qui protègent la ville. La musique est de plus en plus forte. Il y a les tranchées. Et, tout d’un coup, la caméra va vers la steppe. Immense. Vide. La musique monte de plus en plus. Jusqu’à ce que la caméra ait traversée la steppe pour prendre, en enfilade, mille blindés allemands prêts à tirer. Et, dès les premiers coups de canon, mêlés à la musique, je coupe ! Plan suivant : un rideau s’ouvre. C’est le concert de Chostakovitch. Cinq mille personnes dans la salle. Cent quatre-vingt musiciens jouent. Et alors : GENERIQUE !».
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