Pourquoi il ne le serait pas ?
Il y a une histoire, il y a des personnages admirablement construits. Seulement, Coppola fait passer énormément de choses avec très peu de mots, très peu d'action. La grande réussite de Sofia Coppola est de rendre palpable grâce à sa mise en scène l’état de déboussolement dans lequel se trouvent les deux protagonistes. La cinéaste possède un don, sa mise en scène suave et fragile capte l'essence même du monde et des relations qui se nouent.
Tout est dans le non dit. Sofia a compris que la suggestion se révèle au cinéma bien plus efficace pour émouvoir et bouleverser que le développement traditionnel d'une histoire d'amour. Lost in Translation nous invite à un voyage en brouillant nos repères, même les plus solides. Il faut savoir se perdre, se détacher de tout. N'exister que par cette fine bulle qui nous entoure durant 1h40.
Par ailleurs, le film est remarquable d'un strict point de vue des outils cinématographiques.
La mise en scène est un modèle, l'utilisation de la musique et de l'image est exemplaire, la photographie très soignée, et le tout est interprété avec une justesse et une sincérité désarmante, bouleversante.
Vous êtes peut être passés à côtés du film, à côtés de ses enjeux ou de ce qui se joue là, juste devant vous à l'écran. Dire que ce film est mauvais, c'est s'en prendre au cinéma.