2011 commence mal ! Grand fan de Wong Kar-waï devant l'Eternel ( aussi appelé leprodiss ), je désirais commencer l'année avec 2046, en espérant que cela augure du très bon pour la suite. Le film est très bien, mais j'attends de le revoir ( pour début 2012 ? ), et d'écrire une critique plus construite, ce que je ne peux faire maintenant ( d'où une certaine frustration ).
Je comprends peu le rapprochement entre In the Mood For Love et 2046. Il y a bien sûr une très belle scène qui établit un lien entre les deux films, mais à part ça...2046 me paraît bien plus complexe - compliqué même -, moins facile d'accès, plus brumeux. In The Mood tourne autour de la passion qui ne vient pas, c'est une valse qui ne va pas plus loin ( et surtout pas au lit ), un vertige qui ne se transforme jamais en chute. 2046 est à l'opposé puisqu'il est un film plus physique, rugueux, où les corps s'entrechoquent. Les sentiments et la noblesse morale d'In The Mood m'ont paru absents du film...d'où une certaine déception pendant une longue première partie, dont j'étais responsable puisque les deux films n'ont pas à être comparés ( mais avoir des fantasmes de spectateur n'est pas interdit...pendant les premières apparitions de Tony Leung j'avais envie de mettre le thème d'ITM... ). Et puis quand j'ai commencé à voir 2046 comme un objet indépendant, les choses se sont arrangées.
Il n'empêche que 2046 me semble dénué de sentiments, et que le film a un côté masculin très prononcé. Ca n'est pas un défaut. On le comprend face à la mise en scène beaucoup moins maniériste et virtuose qu'à l'accoutumée chez le cinéaste. Wong est moins dans le mouvement pur, la traduction d'une émotion par le déplacement de la caméra, il y a un peu moins d'élégance dans le film. C'est sûrement moi qui suis passé un peu à côté de 2046, mais en règle générale j'ai eu cette sensation d'opacité des sentiments, ce que le film rejette puisqu'il travaille la matière temporelle, et qu'il ne montre ( ou ne veut montrer ) que le mal profond que cause le regret qui ne s'efface jamais. Bien sûr à part ça le film est juste sublime. Le travail plastique est impressionnant, la maîtrise globale tient du génie et confirme le statut de grand formaliste que tient WKW à l'heure actuelle, statut qu'on peut aisément doubler de celui d'un des meilleurs metteurs en scène de l'histoire du cinéma, un artiste en pleine possession de ses moyens qui, à chaque film, se demande quelle forme sera la plus en adéquation pour parler du fond. Moi je refuse d'entendre parler de Wong Kar-Waï comme d'un poseur, d'un cinéaste tape-à-l'oeil aux effets gratuits. Il ne l'est pas. 2046 est sublime donc, et surtout on a le sentiment que ce qu'on y voit, on ne le verra jamais ailleurs. Il y a là de la beauté non seulement au niveau de la photo, mais aussi dans la manière qu'a Wong Kar-waï de capter des émotions, un sentiment qui se lit sur un visage, de dire l'importance d'un être en filmant l'apparente futilité qui s'en dégage ( les ralentis sur une robe noire...). Mais la gratuité et les effets cachent en fait une insondable mélancolie...que l'on retrouve d'ailleurs avec la séquence des androïdes, où la mécanisation du monde et des relations l'emportent - comme le montre le schéma du film, qui fait se succéder les aventures - sur la passion pure.
J'ajoute que Tony Leung a une classe énorme. Je reverrai donc le film, en espérant que ça me fasse pareil que pour In The Mood ( promis, après j'arrête de comparer ) qui m'avait un peu déçu avant de me mettre une claque inouïe.
Très beau film, à la complexité telle qu'elle oblige à une nouvelle découverte.
8,5/10