Un des meilleurs film d'animation de tout les temps, tout simplement.
L'univers qu'il met en place c'est sa grande force, la puissance évocatrice qu'il dégage suffit à faire comprendre tout le message derrière le film, d'ailleurs assez économe en dialogue si on retire le personnage de l'Oiseau qui est le seul vraiment bavard. Le royaume de Takicardie suffit à lui seul en matière de critique de la dictature et du despotisme, qui mène à un pays à l'image de son monarque : ridicule, grotesque, dérangé. Ce royaume intemporel, qui semble sans fin, sans identité propre, à lui seul il parle pour son roi. Le visuel raconte le film à lui seul car il n'hésite pas à tomber dans la démesure et la caricature s'il le faut, et ça ça me plaît.
Le film dégage une poésie typique de Prévert : souvent moqueuse, comique, mais qui sait être forte, cinglante, ou juste belle, et monsieur Kilar l'a parfaitement compris, et livre une bande-son qui tape constamment dans le mille, il sublime chaque scène peu importe le registre : le portrait, la fuite de la bergère et du ramoneur de la chambre, la poursuite dans les escaliers, la demande en mariage tonitruante, la destruction de la ville. Toutes ces scènes sont autant marquantes les unes que les autres.
Et cette scène finale, qu'en dire ... Quand je dis que visuellement le film se suffisait, c'est peut-être le meilleur exemple. Pas un mot n'est prononcé, et elle raconte 1000 fois mieux ce que des fictions dystopiques à la con pou ado essayent de dire en une trilogie. C'est peut-être le résumé du film : assez simple dans sa symbolique pour être comprise par un enfant, assez fort dans sa façon de le faire pour marquer un adulte.
Bref, ce film c'est du chef d'oeuvre absolu qui se paye même le luxe d'offrir d'autres niveaux de lecture moins manichéens qu'aux premiers abords.