Hard Eight était déjà très bon mais ici on passe à la vitesse supérieure, je vois enfin ce que ce fameux PTA a dans le ventre.
Ce film est une sorte d’Affranchis/Casino situé dans l’industrie porno des années 70/80, autant dire que l’idée en elle-même est tout ce qu’il y’a de plus alléchant. Si j’évoque les deux Scorsese, ce n’est pas par hasard. La filiation entre les deux cinéastes était déjà de rigueur dans le premier film de PTA, elle est d’autant plus marquée ici. La structure est la même (l’ascension puis la chute), c’est le même genre de milieu un peu marginal, il y a beaucoup de coke… Même stylistiquement, il y a une filiation dans l’utilisation de la musique, dans certains choix de mise en scène. Après la comparaison est tout sauf péjorative, PTA se place dans l’héritage de Scorsese (mais aussi de De Palma) mais parvient à faire son propre truc.
C’est un film passionnant, d’abord parce qu’il raconte l’histoire d’un milieu, d’un époque, c’est presque une fresque. Le porno est un sujet qui de base m’intéresse et dont je regrette qu’il ne soit pas plus traité au cinéma. Ici, c’est très intéressant de voir comment tout ça se déroulait à l’époque, puis comment on passe progressivement de la pellicule à la vidéo. Comment les exigences artistiques se froissent aux exigences commerciales, etc. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup voir un film similaire se passant aujourd’hui, avec l’explosion d’Internet, l’ultra-diversité du porno qui ne semble plus avoir aucune limite, je serais curieux de voir ce qui en serait fait.
Mais bon ce n’est pas un reportage sur le porno, c’est du cinéma ! En l’occurence, tout passe par les personnages et leur évolution. Je louais la capacité de PTA de créer de très bons personnages assez rapidement, c’est encore plus vrai ici. Difficile de ne pas s’attacher à Dirk Diggler, naïf voire débile par bien des aspects, pourtant on sent une sincérité, une envie de bien faire… En tout cas à ses débuts, après on voit l’évolution, la dégradation, comment son « don » lui fait prendre la grosse tête, les chemins sombres (sans jeux de mots) qu’il arpente. C’est une étude de personnage assez irréprochable et peut-être la meilleure prestation de Wahlberg qui rend à la perfection toutes les facettes de Diggler. Et c’est loin d’être le seul intéressant. Je suis assez fan du réalisateur campé par Burt Reynolds, parce que c’est un vrai artiste, qui veut faire plus que filmer des gens qui baisent. Et les films qu’il réalise ont beau être laids, fauchés… Il est persuadé que c’est grandiose, enfin ça a un côté assez EdWoodien. Mais tous les autres, je veux dire Julian Moore, John C. Reilly, Hoffman, Don Cheadle, même William Macy et son rôle de victime (en même temps il a la tête de l’emploi), ils ont tous quelque chose d’intéressant, de beau, une vraie histoire qui se déroule en parallèle de celle de Dirk. Et tous les acteurs arrivent à être extraordinaires. D’ailleurs, c’est là que les longs plans, voire les plans-séquences de PTA prennent tout leur sens. Ils sont splendides, mais c’est aussi souvent une manière de voyager entre les personnage, de s’intéresser à eux ne serait-ce que quelques secondes et de finalement montrer qu’ils sont tous connectés.
Et il y a rien à faire, c’est une vraie immersion dans ce cadre bien précis, la fin des 70’s, le début des 80’s, les fêtes dans les villas, les piscines, la coke, le disco… Anderson rend tout ça vivant, jubilatoire. Toute la BO n’est qu’un jukebox en continu, comme Casino tiens, et comme Casino ça contribue à vivifier l’ambiance, à la rendre palpable, à donner l’impression que ce n’est qu’une longue scène en continu. J’aime d’ailleurs le fait que PTA alterne les scènes très courtes, les montages de périodes ou d’époques, avec d’autres qui peuvent vraiment durer, comme la scène de la vente de drogue qui est juste géniale, c’est long, ça joue avec la musique, les bruits, la tension monte de manière jouissive… Et il y a plein de scènes mémorables, comme la première scène de sexe filmé avec ce côté très doux entre Moore et Wahlberg assez inattendu. Ou bien ce brutal passage des années 70 aux années 80.
J’avais beaucoup de choses à dire, j’en ai sûrement encore beaucoup d’autres que je n’ai pas réussi à formuler, mais c’est un gros gros morceau. Un putain de film, impeccable, passionnant de bout en bout.