Personnellement j'adore la réplique de Kurtz à propos de l'escargot sur le fil de rasoir.
Pour moi t'as compris le film, Fan, dans le sens où tu dis toi-même que la fin repose sur une sorte d'antimanicheisme : est-ce Sheen, soldat aux ordres du gouvernement américain, de la CIA et rouage donc de cette guerre du Vietnam, l'ange de la mort, ou est-ce Kurtz, paumé sur son île totalement enclavée, qui si on y réfléchit bien, ne représente aucune menace pour les américains. Sa condamnation à mort est donc totalement gratuite et suit une sorte de règle autoritaire, derrière laquelle on sent qu'il n'y a pas que de la désertion. Non, c'est la manière de penser de Kurtz (qu'il explicite dans le fameux monologue) qui gêne. Les persécuteurs de Kurtz viennent finalement représenter l'uniformisation de la pensée, qui doit être selon eux uniquement tournée vers la guerre et l'éradication du supposé ennemi. Toutefois, on ne peut pas non plus éprouver de l’empathie envers Kurtz puisqu'il instaure lui-même ce pourquoi il est répercuté : une dictature aux airs pseudo-reglieux (il est considéré comme une idole, un dieu), sanguinaires et quasiment barbares, sauvages, et animales.
C'est du très fort, car le spectateur ne sait plus vers quel camp se tourner. Vers celui de Sheen, qui nous oblige à la contrainte, à obéir, et qui risque de se retourner contre nous au moindre écart de conduite, ou celui de Kurtz, sans morale, sinon la survie? Il y a matière à réflexion pour une nuit entière.
Mais ce qui m'étonne, Fan, c'est que tout cela, tu l'as compris. Et pourtant, tu n'as pas aimé le film. C'est pas grave, ce sont peut-être des questions qui ne t'intéressent pas.