Classique ? Vous avez dit classique ?
Vu en salle obscure. Casablanca est assurément un beau film qui tient beaucoup sur le talent de ses interprètes et de son metteur en scène. Le film en lui-même suit une trame plutôt classique mais non dénuée d'intérêt, la force du scénario étant par la seule finesse de l'écriture des personnage à nous faire oublier ses invraisemblances et son côté vaguement, sinon propagandiste, nationaliste (l'Amérique comme Terre Promise). D'un point de vue thématique, l'ensemble est assez riche et ose la variation : on passe du film historique au mélodrame parfois presque dans la même scène, Curtiz abordant avec un sérieux presque professoral (dans une Amérique à peine engagée dans le conflit mondial) la Résistance, l'occupation française, les camps de concentration ...etc. Evidemment en 1942, les Etats-Unis n'ont aucun recul historique sur les événements et le tout est quand même fortement romancé, parfois aberrant si l'on regarde de notre point de vue d'européen du XXIe siècle. Mais le tout tient, preuve que la force d'une narration ne réside pas dans sa cohérence, mais bien dans l'énergie qu'elle déploie.
Du côté de la mise en scène, Curtiz est d'origine hongroise et on sent une influence très européenne dans un film qui obéit a priori aux canons du cinéma américain de l'âge d'or. Outre le petit rôle que tient Peter Lorre au début du film, évoquant M le Maudit de Fritz Lang, il y a bien dans ces ombres portées, ces gros plans exagérés sur le beau visage de Ingrid Bergman, la marque de l'expressionnisme allemand. D'ailleurs, cet expressionnisme est ce que j'ai préféré dans le film parce qu'elle renforce le côté passionnel, exalté que prend parfois la narration qui me touche tout particulièrement.
Le film est assez émouvant, tire surtout sa puissance poétique de sa mise en scène, quasi expressionniste donc et presque en rupture (je dis bien presque) avec les canons stylistiques de l'époque. Il faut avouer que les gros plans surexposés sur le visage pleurant de Bergman font leur petit effet.
A côté de cela, on a des dialogues souvent truculents, le charisme de Bogart qui se suffit à lui-même même si ce dernier en joue peut-être un peu trop, des seconds rôles rigolos mais pas exceptionnels.
Bilan ? Un beau film, mais ce n'est pas tout à fait mon cinéma.