"It's Stransky's orders"
Le film commence par une série d'images d'archives qui ont dû, à coup sûr, inspirer Klimov pour son Requiem pour un Massacre, tourné trois ans plus tard. Le pari de Peckinpah est couillu : il prend la perspective des soldats de la Wechmart sur le front russe. On se retrouve dans un peloton de soldats conduits par Steiner (James Coburn, monstrueux de charisme) qui se retrouve confronté à l'arrivée d'un nouveau capitaine, Stransky, une pourriture lâche qui ne cherche qu'à obtenir la Croix de fer sans pour autant participer aux combats. Autant je trouve les relations entre les différents soldats très justes et brillantes, le regard acerbe sur cette aristocratie prussienne et sur la hiérarchie militaire particulièrement bien montré, autant le côté film de guerre sur le front russe m'a, dans un premier temps du moins, un peu déçu.
Je ne trouve pas Peckinpah si frontal que ça dans son approche de la guerre. S'il filme les corps mutilés des soldats et s'ils n'hésitent pas à tourner des scènes de combats longues et denses, la violence de ces dernières est un peu désarçonnée par le côté très esthétique du film, ralentis à gogo, montage quasi épileptique. C'est bien simple, pendant au moins une heure, je n'ai pas eu la sensation de me retrouver plongé dans l'horreur. Ces séquences sont diablement belles à regarder (parce que Peckinpah est un maître du découpage) mais le spectateur n'est pas nécessairement impliqué dans ces dernières, n'a pas le sentiment de baigner dans l'horreur insidieuse de la guerre. Alors que quand Klimov fait le Requiem pour un Massacre, on est en Enfer, les séquences sont plus longues et beaucoup plus violentes psychologiquement.
Toutefois, Peckinpah compense ce formalisme par une écriture puissante, surtout dans la deuxième heure (avec l'incroyable scène des soldates russes notamment). Mais c'est la fin qui me fout la claque émotionnelle que j'attends depuis le début du film, Coburn fusil à la main avec des flashs d'images, encore une source d'inspiration pour le final de Requiem pour un Massacre je pense. En fait, c'est dans les confrontations les plus extrêmes et les associations les plus opposées que Peckinpah est le plus puissant, et le final du film ne me démentira pas.
Donc, film puissant.