Excellent film.
J'adore de plus en plus Sam Peckinpah. Quel réalisateur de génie...le film commence de manière magistrale, avec les premières minutes tendues comme c'est pas permis. La mise en scène du cinéaste américain est absolument prodigieuse ; il faut voir cette caméra qui passe d'un personnage à l'autre, ce travail sur l'espace, cette manière de découper une séquence et de donner l'impression au spectateur qu'il en voit assez et pas suffisamment à la fois. Regarder un film de Peckinpah peut provoquer des picotements aux yeux tant on les laisse grands ouverts pendant des séquences entières. Il ne faut pas en rater une miette.
Croix de Fer dénonce l'absurdité de la guerre à travers l'affrontement entre deux militaires. Le film montre aussi la déshumanisation de certains soldats, dont le prussien qui ne voit aucun problème à la mort d'un prisonnier pourtant enfant. Le film est assez original dans la mesure où il fait de soldats allemands - le pire ennemi qui soit - ses personnages principaux. Mais au sein de ce système, Peckinpah arrive à les rendre " sympathiques ", grâce surtout à la figure de James Coburn - génial par ailleurs. Son personnage ne peut être détestable parce qu'il refuse la mort d'innocents, et qu'il sait que les civils ne sont pas les responsables. Pour lui l'ennemi est l'homme qui commande la guerre, c'est Dieu, c'est Hitler, c'est aussi la politique - puisque " la guerre est un prolongement de la politique " - qui sacrifie le peuple.
Au niveau du montage, le film est impressionnant. Les images mentales insérées entre deux autres images en disent beaucoup sur la profondeur des personnages qui les produisent. Croix de Fer a beau être un film de guerre classique, où ça tire de tous les côtés, il n'empêche que ces mêmes personnages gagnent en intensité et en humanité grâce aux inserts rapides typiques du réalisateur américain. Et puis esthétiquement le film est sublime, notamment grâce aux ralentis utilisés avec un sens des responsabilités peu commun. Ajoutons à cela des séquences absolument énormes - la première, l'attaque du pont, tout en silence - et on obtient un vrai régal de cinéma.
4/5